Guinée : le marché de l’art en chute libre

Mamadou Kéita, sexagénaire est sculpteur depuis des années. Aujourd’hui, il vit difficilement de son art.

Assis dans son magasin situé à Taouyah en banlieue de la capitale guinéenne, l'artisan attend des clients qui ne viennent presque pas. Sculpteur depuis 1985, M. Kéita ne se démoralise pas, malgré le faible rendement de son métier.

masque baga gn 72a80Masque Baga - afriqueactualite.com

Dans ce bazar, on trouve de l'ancienneté et des arts contemporains. Parmi les arts modernes, ''il y a un chasseur et une danseuse abstraite''.
''Les œuvres anciennes sont constituées des colons qui représentent le temps de la colonisation (vêtus en bleu et blanc, NDLR). Il y a des masques Banda, des dents, des masques Condé (communauté de la haute Guinée, ndlr). Il y a le bronze, le nimba (qui symbolise la Guinée)'', explique Mamadou Kéita. Les prix des œuvres varient selon leur taille, entre 25 000GNF et 500 000GNF (soit 50 euros).

Exposition
Malgré l'existence du nombre important et varié des articles dans son centre d'affaires, le sculpteur-finisseur se plaint du rythme d'écoulement des produits. Ce, depuis que les grèves ont commencé à émailler la Guinée il y a 8 ans. '' Les articles que nous exposons ici peuvent rester un mois, sans qu'aucun visiteur ne vienne'' se lamente Kéita.

''Nos œuvres sont achetées par de rares Guinéens. Ce sont les étrangers qui achètent."

En plus des mouvements de grève, Ebola vient bouleverser le mode de vie des artistes. ''Avant cette épidémie, on se déplaçait dans les autres pays pour vendre nos œuvres, mais avec ça, tout est stoppé. On ne peut ni vendre ici, ni sortir du pays. Nos clients étrangers ne viennent pas non plus. Ebola a aggravé le mal qui était là''.


L'exposition des objets d'art dans les autres pays est différente de celle de la Guinée. ''Là-bas, explique-t-il, on passe de magasin en magasin pour prendre une personne qui va représenter l'endroit à la foire. En Guinée, on apprend seulement par voie de presse qu'il y a ça et ça. Quand on entame les démarches, c'est très compliqué. On nous dit d'aller à l'artisanat puis à la chambre de commerce " raconte le sculpteur.

Pourtant, les commerçants payent des taxes à l'Etat, rappelle Mamadou Kéita. Il déplore le fait que l'Etat en retour n'ait jamais pensé à créer un centre artisanal où peuvent se regrouper les artisans.