La route du jazz de Samuel Nja Kwa

Le journaliste-photographe Samuel Nja Kwa embarque les Camerounais sur la route du Jazz. Il a présenté son ouvrage au public de Yaoundé et de Douala.

15 ans, c'est le temps qu'aura pris Samuel Nja Kwa pour produire son livre. Le journaliste-photographe de nationalité française et d'origine camerounaise a entrepris un voyage musical et identitaire pour répondre aux questions de l'origine du jazz. En prenant soin d'immortaliser ses rencontres avec les témoins et acteurs de «L'épopée des Musiques Noires».

cmr Samuel Nja Kwa 5cb46Samuel Nja Kwa - afriqueactualite.com

Après avoir conversé des années durant avec les grandes figures africaines, caribéennes et américaines, après avoir figé des épisodes essentiels du patrimoine jazz, Samuel Nja Kwa a fait paraître le fruit d'un long périple rythmé par les mélodies scintillantes des virtuoses de notre temps.

« Route du Jazz », paru aux éditions Duta en mars dernier, met en lumière 75 artistes africains, américains et caribéens à travers des photos et des textes. Découvert par le public de Douala le 28 novembre dernier, c'est le 11 décembre qu'il a présenté son livre à celui de Yaoundé, à travers une conférence de presse.

Fierté

L'ouvrage parle de lui-même. On peut y lire au bas de la dernière page, « merci à tous les amoureux du jazz » et dans la préface signée de Manu Dibango, « c'est intéressant qu'un Camerounais ait fait ce livre. Il y en a un qui a amené le saxophone camerounais devant la scène internationale... aujourd'hui, il y a des enfants qui continuent d'écrire l'histoire. Je suis fier de présenter « Route du jazz » de Samuel Nja Kwa ».

De la fierté, ils en ont tous. Pour cet auteur qui tire ses origines du Cameroun profond, il n'était pas question au départ d'un livre. « J'écris dans la presse musicale en France et j'ai été amené à rencontrer beaucoup d'artistes. Et ils me demandaient toujours quelles sont mes origines. Chaque fois que je leur parlais de mon continent, ils avaient envie d'y venir. Et finalement, je me suis dit que j'allais leur demander ce qui reste d'africain chez eux, dans leur musique... Je suis fier de présenter les bribes de leur parcours. Route du jazz aurait pu être route de l'esclavage, j'ai juste remplacé esclavage par jazz».

Au-delà de ces musiciens d'outre-mer, il laisse une place de choix à quelques musiciens camerounais : Francis Bebey, Manu Dibango, Richard Bona, Etienne Mbappé, Sandra Nkabé, Jean-Pierre Elangue, qui côtoient Ray Charles, Herbie Hancock, Liz Mc Com (en photo de couverture).

Au-delà des images désormais gravées dans sa mémoire, Samuel Nja Kwa cherche à transmettre un message, à nourrir la connaissance en donnant la parole à tous ces artistes valeureux dont le quotidien souvent fragile rejaillit dans les mots et les notes. Ces tranches de vie inédites, l'œil de Samuel Nja Kwa les a saisies sur le vif. Et, derrière ces instantanés, il y a la confiance que lui ont témoignée ses prestigieux interlocuteurs.

Les rencontres

« Route du jazz », ce n'est pas un atlas. C'est, comme son nom l'indique, un parcours riche de rencontres. Une histoire de retour au pays natal. L'Afrique, terre des origines, terre du jazz. Ce lointain homeland que les ancêtres ont laissé à leur corps défendant, à cause de l'esclavage. Parler de l'héritage transmis pour ceux qui sont partis, retrouver un lien avec ceux qui sont restés Africains, Samuel Nja Kwa embarque les lecteurs dans un voyage de 169 pages au cœur des artistes du jazz.

Et parmi les belles rencontres de Samuel, le bassiste Ron Carter. Ancien partenaire de Miles Davis, celui-ci lui aurait-il ouvert sa porte s'il n'avait pas cru en l'honnêteté du photographe ? La chanteuse Abbey Lincoln lui aurait-elle ouvert son cœur de rebelle blessée ? Le saxophoniste Manu Dibango aurait-il écrit la préface de cet album de souvenirs ?

L'aventure de Samuel Nja Kwa sur la «Route du Jazz» ne fait que commencer, mais déjà le chemin paraît tout tracé. Souhaitons juste que ce chemin le guide encore longtemps dans l'histoire du peuple noir car pour donner vie à cet ouvrage, le journaliste-photographe a dû faire face à des difficultés. Des désagréments qui l'ont obligé à faire presque tout, tout seul. Résidant en France, son maquettiste au Maroc, l'impression en Italie. il a fini par créer, cette année, sa propre maison d'édition « Duta ».