Cameroun : suspension des importations du sucre et du ciment

Le gouvernement camerounais a décidé de suspendre les importations de ciment et de sucre pour une période de 4 mois.

La mesure de la Présidence du Cameroun vient juste d'être rendue publique par le ministère du Commerce : suspension des importations de ciment et de sucre pendant 4 mois. Le ministre Luc Magloire Mbarga Atangana s'est entretenu mardi avec les acteurs de la filière.

importation sucre 7d5af

Cette décision intervient également au lendemain de la signature de conventions avec une vingtaine d'entreprises, camerounaises et internationales, ayant décidé de s'installer au Cameroun. Le ministre du Commerce a profité de la rencontre pour rassurer les investisseurs étrangers.

Le Cameroun dispose de 40.000 tonnes de sucre, selon le ministre. La suspension de toute importation de sucre pendant 4 mois ne devrait donc pas provoquer de rupture sur le marché. Selon les explications apportées par Luc Magloire Mbarga Atangana, avec une consommation nationale mensuelle nationale estimée à 10.000 tonnes, le pays a de quoi tenir jusqu'à la prochaine production de sucre, en novembre 2014. «Quand la production aura repris, en novembre, la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) pense être en mesure de produire un peu plus de 30.000 tonnes. Ce qui va nous conduire en fin d'année avec des stocks de 40.000 tonnes disponibles. Au plan national, nous avons largement ce qu'il faut pour satisfaire les besoins. Personne n'est demandeur à l'heure actuelle d'importer du sucre. Le souci des pouvoirs publics est de protéger l'industrie locale et les emplois,» relève le ministre.

Pour ce qui est du ciment, en attendant la mise en service de l'unité de production du nigérian Dangote en octobre prochain, le Cameroun dispose actuellement de deux cimenteries dans la métropole économique, Douala.

Controverse

Le 17 janvier dernier, le ministre du Commerce avait déjà suspendu l'exportation du sucre pour raison de rareté du produit sur le marché local. Cette suspension avait fait suite à une correspondance adressée à différentes personnalités pour expliquer la situation de la filière sucre au Cameroun.

L'auteur de cette correspondance affirmait que depuis presque 5 mois, les Camerounais consommaient du sucre animal importé du Brésil. Ce sucre qui est impropre à la consommation transiterait par le Congo dans le but de ne pas payer de frais de douane. Au même moment, le sucre produit par la SOSUCAM serait exporté dans les pays de la zone CEMAC pour en tirer une grande marge bénéficiaire.

Certains observateurs se demandent si cette controverse ne serait pas à l'origine de la décision gouvernementale. Une chose est certaine, la décision gouvernementale d'interdire des importations du sucre et du ciment fait jaser dans les milieux du patronat. Les opérateurs économiques y voient un complot qui peut avoir des effets boomerang dévastateurs dans les prochains jours.

Confusion

De nombreuses interrogations fusent sur les raisons profondes de cette suspension. Ce, d'autant plus que la SOSUCAM observe un arrêt technique dans ses usines de Nkoteng et de Mbandjock depuis le mois de septembre. Il s'étendra jusqu'en décembre prochain. Cela nécessitera un besoin accru de la demande de ravitaillement local que n'a jamais pu couvrir la Société sucrière du Cameroun.

Après de nombreux mois de pénurie en sucre, comment expliquer que l'on apprend maintenant que la production locale, estimée 2,5 tonnes annuelles, permet de satisfaire la demande intérieure et que les importations massives se sont chiffrées à 110 millions de tonnes pour 33 milliards FCFA, en augmentation de 43% par rapport à 2012 ?

Une source au ministère du Commerce, s'étonne de cette décision au moment où le Cameroun a signé pratiquement des dernières conventions des Accords de Partenariat Economique, APE. La même source fait en outre remarquer que depuis plusieurs années, la SOSUCAM a toujours adressé des requêtes restées sans suite au gouvernement afin de suspendre toutes les autorisations d'importations accordées aux opérateurs économiques qui concourent à satisfaire la demande en sucre au Cameroun. Une demande estimée environ à 300.000 tonnes par an. Pourtant il est de notoriété que la SOSUCAM produit seulement la moitié de la demande du marché.

Avec un tel méli-mélo autour du sucre, que peut-il bien se passer dans le secteur du ciment où les pénuries sont monnaie courante ?