L'aide au développement chinoise profite surtout à l'élite africaine

L'importante aide au développement chinoise pour l'Afrique est prioritairement envoyée vers les régions d'origine de certains hommes politiques influents, selon une étude.

Les investissements croissants que fait la Chine en Afrique attirent de plus en plus l'attention des personnalités politiques occidentales. Une équipe de recherche internationale a ainsi été créée, avec pour objectif d'analyser l'aide au développement chinoise.

dev - copie e03afLe président sud-africain Jacob Zuma et son vice-président, Kgalema Motlanthe, lors d'un déjeuner avec le président chinois, Xi Jinping, et sa femme.

Les résultats de cette analyse montrent que l'aide au développement est prioritairement envoyée aux régions d'où sont originaires certains hommes politiques africains influents, et cela même quand d'autres parties du continent ont bien plus besoin d'aide, soulignent ses auteurs.

« Les personnalités politiques les plus en vue dans les pays bénéficiaires dépensent une partie de l'aide chinoise en finançant des projets d'intérêt personnel, ce qui limite l'efficacité de l'aide », confirme Axel Dreher.

Alex Dreher et Andreas Fuchs sortent tous les deux de l'Institut d'économie Alfred-Weber de l'université d'Heidelberg et font partie des auteurs de l'étude « Aid on Demand: African Leaders and the Geography of China's Foreign Assistance » (« L'aide sur demande : les dirigeants africains et la géographie de l'aide étrangère de la Chine »).

L'équipe, composée de chercheurs des États-Unis, de Suisse, d'Australie et d'Allemagne, s'est penchée sur environ 2 000 projets d'aide au développement chinois lancés entre 2010 et 2012. Leur analyse couvre plus de 3 500 endroits et des aides à hauteur de 90 milliards de dollars (plus de 72 milliards d'euros).

Les chercheurs ont aussi déterminé le lieu de naissance et l'ethnie de 117 personnalités politiques pour les besoins de l'étude. Ils ont ainsi été capables de démontrer que les régions d'où sont originaires les dirigeants, ainsi que les populations de leur ethnie, reçoivent une partie disproportionnée des aides chinoises. En moyenne, 270 % de contributions financières en plus que les autres.

Dans le passé, la Chine a indiqué à de nombreuses reprises que ses investissements à l'étranger n'étaient attachés à aucune arrière-pensée politique. C'est pourtant exactement cette neutralité théorique qui donne aux élites africaines la possibilité d'utiliser les fonds à leur avantage, font remarquer les chercheurs. « Grâce à la position de la Chine, les hommes politiques africains peuvent transférer une partie considérable des financements chinois vers leurs circonscriptions », explique Alex Dreher.

L'utilisation que font certains dirigeants africains influents de l'aide chinoise limite drastiquement son efficacité. Malheureusement, l'étude n'a pas réussi à récolter de preuve de cette corrélation.

Malgré de nombreuses recherches sur ce sujet, les auteurs expliquent que les conséquences d'une aide envoyée à des régions politiquement pertinentes sur l'amélioration de la situation économique de zones plus pauvres sur le long terme restent très discutables. Alex Dreher et Andreas Fuchs travaillent sur une autre étude censée faire la lumière sur ce sujet.

L'étude internationale démontre en outre que l'aide chinoise n'est pas concentrée sur les régions riches en ressources naturelles intéressantes pour Pékin, contrairement à ce que l'on pense souvent. « Cette corrélation n'a pas été confirmée », indique en effet Andreas Fuchs, mais, encore une fois, il n'existe pas d'analyse approfondie sur laquelle les chercheurs pourraient se fonder.