Bénin : une nouvelle version du microcrédit

Au Bénin la pauvreté est à 80% rurale et les plus concernées sont les femmes. Là où certaines politiques ont échoué, le microcrédit peut faire des merveilles.

C'est Boni Yayi lui-même qui a porté la nouvelle aux femmes et aux couches défavorisées en procédant au lancement officiel du programme de microcrédit aux plus pauvres, nouvelle formule. La différence avec l'ancienne formule tient à trois petites choses. D'abord le montant. Désormais le taux qui était de 30.000 à 50.000 frs Cfa est passé de 50.000 à 100.000frs Cfa. Ensuite une micro-assurance vie a été intégrée à la nouvelle formule.

marché 2 4e122marché de Gbégamey - Photos: Capo Gratien

Plusieurs évaluations ont permis de déceler les insuffisances du microcrédit dans son ancienne version. Il s'agit essentiellement de la gestion des risques liés aux activités des bénéficiaires. Ces risques sont de deux ordres : l'invalidité et surtout la maladie ou le décès du bénéficiaire. Pour corriger le tir, les acteurs de la micro finance ont proposé que la nouvelle formule du programme du microcrédit soit accompagnée d'un autre produit, la micro-assurance-vie.

A titre d'exemple, la femme qui bénéficie de 50.000 frs de crédit va rembourser 52.000 frs au bout de 12 mois, soit un taux de 4% par an. La micro-assurance vie lui coutera 995 frs et 1995 frs à celle qui a obtenu un crédit de 100.000 frs Cfa.

Le gouvernement dans sa volonté de lutter contre la pauvreté estime que la femme est assez vulnérable aux moments des épreuves et par voie de conséquence, il faut sécuriser son fonds de commerce pour qu'elle ne l'utilise pas pour des cérémonies ruineuses comme on en voit un peu partout en Afrique. Ainsi, 40.000 frs seront versés à la femme qui a souscrit une micro assurance-vie en cas de décès de son conjoint et 20.000 frs en cas de perte de son enfant.

marché 1 383f7CAPO le marché de poisson à Calavi - Photos: Capo Gratien


Un geste largement apprécié
C'est à la femme que revient en premier lieu l'opportunité d'apprécier le nouveau produit. La porte-parole des femmes n'a pas tari de reconnaissance envers les autorités qui ont bien voulu mettre en place ce nouveau produit pour le bien-être de ses sœurs. Elle a souligné combien cela permettra de renforcer la lutte contre la pauvreté. Il faut dire qu'en termes de bilan, plus d'un million de femmes ont bénéficié en 2013 du microcrédit ancienne formule aux dires des responsables du programme. On évalue à peu près à 70 milliards de francs CFA les fonds mobilisés pour cette opération grâce à l'appui de certaines institutions financières comme la BOAD, la BADEA et la BAD. En rappelant ces quelques chiffres, la Ministre en charge de la microfinance, Françoise Assogba, affiche clairement que le microcrédit aux plus pauvres, quoiqu'on dise, est une victoire pour le régime en place.

Au début, les Béninois n'ont pas manqué de critiquer cette manne tombée du palais de la présidence de la République. Il y en a qui ont dénoncé ce qu'ils appellent le caractère sélectif de l'opération. Certains affirment qu'il faut être d'une région donnée, d'une ethnie ou faire partie d'une formation politique pour être bénéficiaire du programme de microcrédit aux plus pauvres.

Ensuite, il y avait les modalités de distribution des fonds. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres, les femmes faisaient la queue toute une journée à attendre 30.000 frs, sans être sures de les percevoir. Dans ce cas, elles étaient obligées de revenir un autre jour.

Et puis la classe politique béninoise a eu la dent dure contre le microcrédit aux plus pauvres donnant l'impression qu'il était instrumentalisé utilisé à des fins électoralistes, surtout que l'opération s'est prolongée durant la campagne de la présidentielle de 2011. Comme l'ancien, le nouveau programme de microcrédit ne manquera de détracteurs sauf que les données vont changer cette fois. Yayi Boni, en fin de mandat, ne sera plus celui qui va bénéficier des dividendes de la nouvelle formule, si dividendes il y a. Sait-on jamais !