Guinée : discours de politique générale du premier ministre

Six mois après sa reconduction, le premier ministre Fofana a, enfin, fait son discours de politique générale au Parlement. Les députés de l’opposition ont boycotté la séance.

2 h 35 d'horloge, c'est le temps qu'a pris le premier ministre guinéen pour présenter sa politique générale aux 60 parlementaires présents (sans l'opposition), des membres du gouvernement ainsi que des représentations du corps diplomatique accréditées en Guinée.

fofana 2ee97Mohamed Saïd Fofana (en blanc) - afriqueactualite.com


Avec cet exercice que des observateurs estiment plus ''difficile'' depuis l'arrivée de Mohamed Saïd Fofana à la tête du gouvernement, il s'est efforcé à faire un état des lieux de la situation socioéconomique pénible à laquelle le pays était confronté avant l'arrivée au pouvoir en 2010 de Alpha Condé.

Selon le chef du gouvernement, en 2010, le pays était caractérisé par une économie ''étouffée par les marchés de gré à gré, une inflation à 21%, une absence de justice, un manque de respect des droits de l'Homme, une administration sans repère, une armée désorganisée et une jeunesse sans espoir et sans soutien politique.''

Pour inverser la tendance, le président Condé, explique le chef du gouvernement, a énuméré cinq axes prioritaires sur lesquels les autorités allaient se pencher. Il s'agit entre autres de: l'amélioration de la gouvernance et des reformes institutionnelles, la lutte contre la pauvreté, la poursuite des objectifs du millénaire pour le développement et la valorisation des ressources humaines, le développement des infrastructures économiques et le développement socio-collectif, le développement et l'expansion économique et la promotion des secteurs porteurs de croissance, la restructuration des forces de défense et le renforcement de la sécurité des citoyens.

Gouvernance économique

A l'avènement de la IIIème République, soutient le locataire de la Primature, la situation économique était caractérisée par un faible taux de croissance économique de -2%, un déficit budgétaire de l'ordre de 11% du PIB, et un taux d'inflation annuel de 20%. Le revenu moyen par habitant lui, était de -400 dollars américain et plaçait la Guinée parmi les pays les plus pauvres du monde, avec un niveau de pauvreté de 54%.

A la même date (2010), seuls 20% des ménages avaient accès à l'électricité. Et 26% du budget de l'Etat sombraient dans les salaires des fonctionnaires.

Sur le plan de la gouvernance administrative, Moahamed Saïd Fofana a fustigé la pléthore d'effectif, l'absentéisme et l'indiscipline qui caractérisaient l'administration publique guinéenne. A ce niveau, M. Fofana souligne que son gouvernement a engagé une vaste opération d'assainissement du fichier de l'administration de la fonction publique qui doit ''cesser d'être le réceptacle des fictifs'', a-t-il averti.

Le chef du gouvernement a fait un inventaire des acquis de son gouvernement tant sur le plan macroéconomique à travers la maitrise des dépenses publiques, la construction des infrastructures routières et hôtelières, la desserte en électricité et en eau de la population à travers la construction des barrages hydroélectriques, la promotion de l'agriculture, de la pêche, de l'hôtellerie, du tourisme, de la santé, de l'éducation, de la justice, de la diplomatie...

Pour plus de 22 secteurs passés en revue, Mohamed Saïd Fofana a promis que son gouvernement poursuivra les reformes pour le bonheur du peuple guinéen.

Dialogue

Après l'exposé du chef du gouvernement, le débat a été ouvert. Sur 60 députés présents à cette plénière, 34 députés ont posé des questions au premier ministre. Des interpellations qui portent sur les audits, la déclaration des biens, les tueries de Zogota à l'est du pays, l'usine de Fria au nord-ouest, le retrait de l'opposition, la non-application des accords du 3 Juillet 2013.

Saloum Cissé, député de la mouvance présidentielle indique avoir apprécié le diagnostic ''responsable'' du premier ministre. "Je voudrais que le PM nous situe sur les audits. Où en sommes-nous ? Qu'a-t-on fait des grands dossiers ? A-t-on eu peur d'aborder ces dossiers et pourquoi ? Si on ne prend pas le taureau par les cornes, ce pays-là ne pas va décoller'', a-t-il estimé.

Pour sa part, Dr Ousmane Kaba, également député de la mouvance présidentielle, a déploré le fait que l'éducation soit portée à la dernière priorité. "J'ai le sentiment, peut-être que je me trompe, qu'en réalité, l'éducation n'est pas la priorité du gouvernement. Et d'ailleurs, dans le discours du PM, l'éducation vient à la fin, juste après les affaires religieuses."

Après la phase des questions, il a été demandé au premier ministre d'aller préparer ses réponses. Pour l'heure, aucune date fixe n'a été donnée pour son retour au Parlement.

La plénière s'est tenue en l'absence des 48 députés de l'opposition qui ont suspendu leurs activités au Parlement. Les opposants exigent l'ouverture d'un cadre de dialogue avec le gouvernement pour discuter des accords du 03 juillet 2013, à la veille du scrutin législatif en Guinée.