Togo : Jean Pierre Fabre, candidat de l’ANC après un congrès

L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) a investi Jean Pierre Fabre candidat à la présidentielle de 2015, après un congrès de deux jours.

A l'approche des présidentielles de 2015 au Togo, les différents états-majors des formations politiques se mettent en ordre de bataille. C'est le cas de l'Alliance Nationale pour le Changement (ANC), membre du Collectif Sauvons le Togo (CST), cette formation qui s'oppose foncièrement au régime en place.

favre congrès 1 cd4eeJean Pierre Fabre - afriqueactualite.com

Le parti après quatre années d'existence s'est imposé parmi une pléthore de partis politiques de l'opposition. Le parti avait déjà fait l'expérience de la présidentielle puisqu'en 2010, son président, Jean Pierre Fabre avait était candidat.

Une expérience, le parti compte réitérer. Lors de son tout premier congrès autour du thème "Mobilisation générale pour la victoire des forces de l'alternance et du changement en 2015", les congressistes ont unanimement investi Jean Pierre Fabre comme candidat du parti pour les prochaines présidentielles.

Le candidat investi promet une lutte implacable pour bouter dehors, le régime au pouvoir qui, dit .M Fabre, sape les efforts de démocratisation.

"Nous devons continuer de nous battre sans répit, pour réaliser les réformes politiques en vue d'organiser sur une base consensuelle, les élections locales et les présidentielles."

Le candidat de l'ANC appelle à la mobilisation de tous ses militants et des Togolais épris de paix et de démocrati. Il s'adresse aussi à ses partenaires (Front pour l'Alternance et le Changement, FRAC ; le Collectif Sauvons le Togo, CST et la Coalition Arc en ciel, tous de l'opposition).

Parlant de la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles, le ton est menaçant.

"Elles (les réformes, NDLR) sont incontournables pour aboutir à des élections équitables et transparentes. Mais elles se heurtent au manque total de volonté politique du pouvoir RPT/UNIR et à son refus obstiné d'honorer les engagements. L'heure a sonné pour mettre fin à ce régime implacable qui s'est ployé des décennies à saper les fondements de notre nation."

Fabre candidat unique ?

Il est trop tôt de le dire. Car aussitôt l'annonce de sa candidature, une résolution issue du congrès exige que les élections locales soient organisées dans les plus brefs délais. Quitte, à repousser les élections présidentielles dont aucune date n'est pas encore fixée.

Jean-Pierre Fabre sera présenté dans les prochains jours comme l'unique candidat du Collectif Sauvons le Togo (CST) en attendant bien sûr, les conclusions du conclave ouvert avec la Coalition Arc-en-ciel.

Alors que cela fait des semaines, le conclave a cessé et personne ne se réunit, explique un leader de parti de la Coalition Arc en ciel joint au téléphone qui a voulu garder l'anonymat.

favre congrès 2a fc24dMilitants et sympathisants de l'ANC - afriqueactualite.com

Pour Abass Kaboua, président du Mouvement Républicain Centriste (Mrc), « s'il y aura candidat unique de l'opposition, c'est sans doute le chef de file de l'opposition à l'ouverture du congrès de l'ANC. »

Contexte difficile

Le congrès s'est tenu à un moment très difficile pour l'opposition. Elle qui réclame des réformes constitutionnelles et institutionnelles, n'a pas encore eu gain de cause. Des voies s'élèvent pour appeler le gouvernement à aller vers des réformes pour une élection transparente et démocratique.

L'Eglise catholique du Togo, l'église presbytérienne et méthodiste ont dans un communiqué, exprimé leur désir de voir les acteurs politiques rouvrir de nouveaux les débats à l'Assemblée nationale en vue des réformes politiques avant la présidentielle de 2015. Aussitôt après cette sortie des hommes de Dieu, le groupe des cinq (l'Union Européenne, la France, la République fédérale d'Allemagne, les Etats-Unis et les Nations-Unies), ont rebondi sur le sujet également dans un communiqué. Tous disent s'associer "à l'appel récent des églises du Togo en faveur d'une issue positive du processus de réformes constitutionnelles encore inachevées".

Réponse

Comme une réponse du berger à la bergère, c'est le président de la Cour constitutionnelle du Togo, Aboudou Assouma de réagir dans une interview sur le site gouvernemental.

Pour M. Assouma, la page des réformes est fermée. Ce, depuis le rejet par l'Assemblée nationale le 30 juin 2014, du projet de loi de réformes du gouvernement et déposé sur la table des députés.

Aboudou Assouma va plus loin dans son interview en qualifiant l'Accord Politique Global (APG) signé le 26 août 2006 sur lequel, l'opposition mise pour réclamer les réformes de caduc, car le Togo dispose d'un parlement pluriel et démocratique. Une analyse que ne partage pas du tout la coalition de l'opposition.

Conformément aux exigences de l'APG, il y a un reliquat de réformes politiques à faire, notamment la limitation du mandat présidentiel, le changement du mode de scrutin d'un à deux tours, la réforme des institutions comme la Cour constitutionnelle, la Haute Autorité de l'audiovisuel et de la Communication (HAAC) et la CENI.

favre congres 030dfBain de foule

Le président du groupe parlementaire de l'Union pour la République (Unir, au pouvoir), Christophe Tchao relativise. Lui pense que, la question des réformes n'est une chose figée.

"On peut revenir sur le sujet dans un an, cinq ans, voire 10 ans", a laissé entendre M. Tchao.

Difficile démarche unitaire de l'opposition

Beaucoup de Togolais reprochent aux opposants de Faure Gnassingbé, leur incapacité à s'entendre sur l'essentiel. Et l'essentiel, c'est ce que la population veut voir chez les opposants : aller aux élections présidentielles en rang uni autour d'un candidat unique en leur sein. Mais c'est peine perdue.

Même le conclave entamé il y a plus de deux mois déjà à Lomé par deux regroupements de l'opposition, le Collectif Sauvons le Togo (CST) et l'ARC EN CIEL pour répondre à cette attente, n'arrive pas à s'entendre.

En lieu et place d'une candidature unique à dégager par l'opposition, ce sont des invectives que les uns et les autres s'envoient par médias interposés.

"Le problème des forces démocratiques de l'alternance n'est pas la candidature unique mais les réformes, et la dynamique unitaire", déclarait sur une radio privée de la place, Jean Kissi, secrétaire général du Comité d'Action pour le Renouveau (CAR), membre de la Coalition.

Cette situation fait dire à certains Togolais, à quelques mois des présidentielles, que, l'opposition a dressé le lit au pouvoir qui ne trouvera plus de difficulté à sortir tête haute au terme des présidentielles à venir. Ceci, à cause d'un manque de stratégie dans la lutte pour l'opposition.

A ce jour, à part l'investiture de Jean Pierre Fabre, chef de file de l'opposition, trois autres leaders avaient déjà annoncés leur candidature. Il s'agit du franco-togolais, Kofi Yamgnane de "Sursaut-Togo", d'Alberto Olympio du parti des Togolais et de Me Apévon Dodji de la Caolition Arc-en-ciel.

L'ANC est née de la division entre l'ancien parti dont ils sont les premiers dirigeants, l'Union des Forces de Changement (UFC) en octobre 2010. Aujourd'hui, l'ANC est la seconde force politique la plus importante, de par les 16 sièges sur 91 obtenus aux législatives du 25 juillet 2013.