Congo : Sassou Nguesso divise la classe politique

L'initiative du président congolais d'échanger avec les forces vives du pays divise la classe politique et la société civile.

Le président congolais vient d'achever la phase de consultations qu'il avait initiées le 20 mai dernier avec les forces vives de la nation. Selon son cabinet, l'objectif visé était de « recueillir les opinions des Congolais sur les réformes à entreprendre, dans un avenir proche, dans le cadre de la gouvernance publique ».
 
Congo Opposition Fotor c5d13
 
Plusieurs leçons peuvent en être tirées.

Premièrement, la majorité des délégations ayant effectué le déplacement du Palais du Peuple ont fait part à la plus haute autorité de l'Etat de la nécessité de convoquer un dialogue national dit « inclusif » pour débattre des grandes questions faisant l'actualité dans le pays, parmi lesquelles celle du changement ou non de la constitution du pays qui ne cesse de faire couler encre et salive.

Toutefois, les partisans d'un dialogue national n'accordent pas leurs violons sur le contenu à donner à ces grandes questions. Pour les uns, tels que le Parti congolais du travail (PCT) et la Nouvelle dynamique citoyenne du président-coordonnateur Jean-Michel Bokamba Yangouma en faveur du dialogue, deux points doivent figurer à l'ordre du jour : la gouvernance électorale et l'avenir des institutions républicaines. Pour les autres, tels que le Rassemblement citoyen (RC) du ministre Claude Alphonse N'Silou, le Rassemblement pour la démocratie et le progrès social (RDPS) du député Jean-Marc Thystère-Chicaya ou le Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD) de l'ancien président de la République Jacques Joachim Yombi Opango, seul le point relatif à la gouvernance électorale devrait figurer à l'ordre du jour. Car le Congo souffre, selon eux, des consultations électorales mal organisées.

Deuxièmement, une autre frange de délégations reçues estime que les consultations avec les forces vives de la nation initiées par Denis Sassou Nguesso suffisent pour cerner les attentes des Congolais et servir de boussole au chef de l'Etat congolais pour prendre la bonne décision.

Pour le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) du ministre Guy Brice Parfait Kolélas, les précédents dialogues organisés à Brazzaville sous la présidence du vénérable André Obami-Itou, président du Sénat, à Ewo (Cuvette Ouest) et Dolisie (Niari) sous la présidence du ministère de l'Intérieur n'ont servi que pour du beurre. Ils n'ont aucunement influencé la gouvernance électorale au Congo. Bien au contraire, le ministère en charge des affaires électorales s'est ingénié à jeter dans les tiroirs les recommandations et résolutions adoptées au cours de ces échanges qui avaient réuni la classe politique congolaise, les acteurs de la société civile et les représentants de la communauté internationale.

Et le leader du MCDDI de prévenir : si par extraordinaire, à la suite des consultations avec les forces vives de la nation qui viennent d'avoir lieu, le président de la République venait à convoquer encore le dialogue national, le MCDDI pratiquera la politique de la chaise vide.

Respect de l'ordre constitutionnel

Troisièmement, la coalition des partis de l'opposition radicale réunie au sein du FROCAD (Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique) a trouvé que les consultations proposées par le président de la République étaient « sans objet ». Parmi ces partis, citons pêle-mêle l'UPADS de Pascal Tsaty Mabiala, le CAPE de Jean Itadi, Victor Tamba-Tamba et Christophe Moukoueké, l'UDR-Mwinda de Guy Romain Kinfoussia, l'UPRN de Mathias Dzon et le PSDC de Clément Mierassa.
 
Congo Non-referendum Fotor 270cf
Selon ce cartel de partis, M. Sassou a balayé d'un revers de la main toutes les pistes de solutions qui lui ont été soumises, en vue de parvenir à une élection présidentielle libre, transparente et apaisée en 2016. Le refus des partis politiques de l'opposition radicale à prendre part aux consultations du chef de l'Etat revêt donc deux significations : premièrement, c'est une réponse du berger à la bergère ; deuxièmement c'est une façon d'éviter de tomber dans le piège du pouvoir qui cherche, selon eux, à faire valider, coûte que coûte son projet de référendum. En vue de mieux fixer l'opinion, le FROCAD rappelle que : « Conformément à l'article 62 de la Constitution, le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu entre le 3 et le 10 août de l'année 2016. Cette élection est capitale pour le Congo, car le président de la République Denis Sassou Nguesso ne sera plus candidat. Il exerce son deuxième et dernier mandat, et nous avons l'obligation de préparer sa sortie par la grande porte le 12 août ». Evoquant l'aspect relatif au référendum, le FROCAD explique que la loi fondamentale congolaise a prévu des dispositions notamment en son article 86 qui stipule que « le président de la République peut, après consultations des présidents des deux chambres du Parlement, soumettre à référendum tout projet de loi sur l'organisation des pouvoirs publics, les garanties des droits des libertés fondamentaux, l'action économique et sociale de l'Etat ou tendant à autoriser la ratification d'un traité. » Et d'ajouter : « en son article 185 alinéa 1er ce texte énonce que l'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au président de la République et aux membres du Parlement. Le président de la République n'a ni le pouvoir, ni les prérogatives pour organiser un référendum pour procéder au changement de la Constitution. Il a prêté le serment de respecter et défendre la Constitution du 20 janvier 2002. Il ne peut pas ne pas respecter la parole donnée et l'engagement pris ».

D'autres formations politiques ou de la société civile ont également décliné l'offre du président de la République. C'est le cas de l'association politique la CADD de l'ancien ministre André Okombi Salissa, député à l'Assemblée nationale, suspendu du bureau politique du Parti congolais du travail (PCT) et entré en rébellion contre son parti ; du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD) de Blanchard Oba qui a lancé un « appel à toutes les forces de progrès de la nation, au-delà des convictions religieuses, des tribus, d'idéologies, de partis, soucieuses de favoriser une alternance intégrale de l'Homme et de la vision de développement de notre beau pays, de nous rejoindre afin d'assurer dans la paix, le respect de l'autre, le respect de la constitution et dessiner un autre avenir pour le Congo ». Quant à la convention nationale des droits de l'homme (CONADHO) que préside l'avocat à la cour de Brazzaville, Thomas Djolani, un préalable a été soulevé.

N'ayant eu gain de cause, la CONADHO a refusé la main tendue du chef de l'Etat. Ce préalable se résume aux points suivants : la libération de tous les prisonniers tel que le colonel Marcel Ntsourou, ancien numéro deux des services de sécurité ; la réhabilitation de onze magistrats révoqués à la suite du procès relatif aux événements du 04 mars 2011 qui avaient lourdement endeuillés le pays.