RDC: les avoirs d'un général de la police gelés par les Etats-Unis

Les Etats-Unis gèlent les avoirs du commissaire de la police de Kinshasa, général Célestin Kanyama. Kinshasa estime que c’est une atteinte à la souveraineté nationale.

Les autorités congolaises sont dans le viseur de la communauté international. Le bureau du département du Trésor desEtats-Unis a décrété, jeudi 23 juin, le gel des avoirs du général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la Police nationale congolaise (PNC) de Kinshasa.

rdc general celestin kanyama fa14fGénéral Celestin Kanyama

L'administration de Washington accuse le général Kanyama d'être lié à au moins, trois opérations de police ayant utilisé une force excessive. En l'occurrence, l'opération « Likofi (coup de poing)» lancée contre les brigands urbains, dans laquelle la police aurait somairement tué au moins « 51 jeunes et 30 autres personnes auraient disparu. » Kanyama est aussi impliqué directement ou indirectement, dans des attaques meurtrières contre des manifestants pacifiques depuis octobre 2015.

Esprit de mort

Le Trésor américain a également interdit toute relation économique des ressortissants américains avec l'officier appelé communément « esprit de mort, » tenu responsable de violences politiques depuis plusieurs années. Selon le gouvernement américain, le pouvoir de Kinshasa « s'est engagé sur le chemin de la répression à outrance à l'approche de la fin du mandat du président Joseph Kabila. Et ce, pour éviter d'organiser les élections à venir, » prévues en novembre prochain, souligne le communiqué de l'administration américaine.

« Il est très important de comprendre qu'il s'agit de sanctions individuelles basées sur ses décisions et ses activités et qu'il y a des conséquences à ses actions, » a précisé à RFI, l'envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des grands Lacs, Tom Periello. Il affirme que « nous allons continuer à surveiller la situation et verrons si d'autres personnalités peuvent être tenues responsables de la même chose. »

« Nous sommes très préoccupés par la violence politique permanente autour de cette crise politique en République démocratique du Congo, » a poursuivi Tom Periello. Il estime que « cette année pourrait être historique, la première transition démocratique pacifique de la longue et difficile histoire de la RDC. » « Nous continuerons à faire pression sur ceux qui accentuent les violences ou à ceux qui font obstacle à ce processus politique. »

Atteinte à la souveraineté ?

En réaction, le gouvernement congolais condamne les mesures prises par Washington et considère que cette décision est « une atteinte inacceptable à la souveraineté nationale et cela met en péril nos relations bilatérales, » a déclaré le conseiller principal diplomatique du président Kabila, Barnabé Kikaya.

« Il n'est pas question que quelqu'un puisse se permettre de gérer nos services qu'ils soient de police, armée ou de l'administration à la place du gouvernement légitime de la RDC, surtout en matière de sanctions, » a renchéri le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende.

Toutefois, reconnaissant que la RDC est confrontée à d' « importants défis », Barnabé Kikaya fait remarquer qu'« en dépit de cette décision, nos efforts pour coopérer et travailler avec nos partenaires américains se poursuivent. »

Barnabé Kikaya est déjà à Washington pour consulter les responsables politiques américains, concernant les mesures prises par la RDC pour faire avancer à la fois, le dialogue national et le processus électoral.

Résolution

Le général « esprit de mort » s'est distingué par la répression des manifestants contre la loi électorale, le 19, 20 et 21 janvier dernier à Kinshasa. Selon les manifestants, au moins 21 personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées.

L'homme est très critiqué par les organisations de défense des droits de l'homme. Une plainte a été déposée dernièrement à la CPI par le Mouvement citoyen « LUCHA », demandant au procureur de la cour d'enquêter sur l'opération Likofi et autres violences perpétrées en RDC.

Un analyste américain estime que, ces sanctions sont « un message au président de la République Joseph Kabila, que tout comportement abusif aura des conséquences graves. » « Elles poussent également le gouvernement congolais à organiser des élections en temps opportun et à mettre un terme à la répression et prévient que d'autres membres de l'entourage de Joseph Kabila pourraient aussi être sanctionnés, » croit-il savoir.

Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a voté le même jeudi, une résolution qui renouvelle le mandat du groupe d'experts sur la RDC et le régime des sanctions auxquelles est soumis Ancara. Cette fois-ci, les diplomates ont décidé de glisser des références à la situation politique et à la tendance accrue à la répression du gouvernement Kabila. Le régime des sanctions est également étendu pour couvrir toutes les violations des droits de l'homme dans ce contexte pré-électoral.