Togo : la marche pacifique de l’opposition tourne à l'affrontement

La manifestation du parti de l’opposition a été largement réprimée par la police ce samedi. Bilan, cinq morts, des blessés et plusieurs arrestations.

Habillés en rouge, couleur du parti national panafricain (Pnp-opposition), de milliers de sympathisants et militants ont pris d'assaut les rues d'Agoe, une banlieue populaire de la capitale togolaise, pour une marche pacifique contre le pouvoir de l'actuel président Faure Gnassingbé.
 
Togo Manif-Un manifestant tué emporté par ses camarades à Sokodé Fotor 8bd3d

Ce qui était au départ une manifestation pacifique pour réclamer le retour à la constitution de 1992 modifiée en 2002, la limitation du mandat présidentiel, une révision du mode de scrutin et la recomposition de certaines institutions dont la Cour constitutionnelle et la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), a très vite donné lieu à des affrontements avec des forces de l'ordre. Un journaliste a été blessé, après avoir reçu du gaz lacrymogène à bout portant.

Les débordements ont vite gagné certains quartiers de Lomé où les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les foules. Plusieurs jeunes ont été arrêtés. Le bilan provisoire fait état d'au moins cinq morts et plusieurs blessés – vingt et cinq (25) personnes, selon le ministère de la sécurité -, dont quatre grièvement du côté des manifestants et au moins un militaire lynché à Sokodé.

Toujours dans cette localité, au moins deux pick-up des forces de l'ordre auraient été incendiés, et le Commissariat de la ville saccagé. « A Sokodé, la police a tiré à balles réelles et on déplore pour l'instant au moins 5 morts », a confié le leader de l'opposition, Tchikpi Atchadam. « Nous nous inclinons devant la mémoire de ces patriotes tombés sur les balles d'une dictature cinquantenaire », a fait savoir M atchadam.
 
Togo Manif Fotor d82b8

A Kara, environ 420 Km de Lomé, les manifestants n'ont eu que le temps d'une courte présence avant d'être dispersés par les forces de l'ordre. Selon des témoins dans cette ville, 07 personnes auraient été blessées par la police qui a fait usage de balles en caoutchouc pour disperser les foules, avant d'organiser une véritable chasse à l'homme jusque dans les maisons.

Désaccord sur l'itinéraire
Un désaccord sur le choix de l'itinéraire proposé par l'opposition et remis aux autorités togolaises serait à l'origine des affrontements. Dès le jeudi 18 août 2017, les ministres Payadowa Boukpessi et Yark Damehane, respectivement de l'Administration territoriale, des collectivités locales et de la Sécurité avaient remis en cause l'itinéraire et apporté des modifications. Conformément à l'article 12 de la loi sur les manifestations publiques, le gouvernement avait proposé aux leaders de l'opposition d'emprunter d'autres itinéraires pour tenir leur manifestation. En changeant d'itinéraire, le gouvernement estime que, « les manifestants bloqueraient le pays et empêcheraient les populations de vaquer librement à leurs occupations ». Le ministre de la sécurité avait alors précisé que « s'ils s'entêtent, on va les disperser au point de rassemblement d'une façon propre. Car nous savons ce qu'ils ont en tête ».