Manifestations : forte mobilisation de l'opposition au Togo

Les Togolais battent le pavé dans la capitale Lomé pour réclamer le retour à la constitution de 1992. Les opposants espèrent compter sur le peuple

La manifestation de plus d'une quinzaine de partis politique de l'opposition mercredi 6 septembre 2017 à Lomé a drainé des milliers de militants et sympathisants. Elle s'est déroulée sans heurts contrairement à la manifestation du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam qui avait été réprimée dans le sang le 19 août dernier. Les ténors de l'opposition étaient à la tête du cortège. Jean-Pierre Fabre, président de l'Alliance nationale pour le changement (ANC) et chef de file de l'opposition, Brigitte Johnson-Adjamagbo (CDPA), Me Yawovi Agboyibo (CAR), Me Apévon Dodji des FDR, Dr Kouessan de Santé du Peuple, l'ex officier des forces armées togolaises devenu opposant, Gerry Taama, Tikpi Atchadam du PNP, etc.
 
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Les manifestants ont sillonné les principales rues de la capitale avant de s'arrêter au bas-fond du collège Saint Joseph de Lomé. Ils réclament le retour de la constitution du 14 octobre 1992, le vote de la diaspora, la recomposition de la cour constitutionnelle et de la commission électorale nationale indépendante (Céni). Sur leurs pancartes, on pouvait lire « 50 ans ça suffit », "les forces démocratiques condamnent les actes barbares commis par les forces de sécurité au Togo", "Officier togolais, par ton zèle, délivre le Togo" ou encore « Faure doit partir».
 
Les années 1990
Cette forte mobilisation, selon Yves, un Togolais vivant en Europe et en vacances à Lomé, est la première du genre dans la lutte engagée depuis les années 90 pour un Togo démocratique. Au point de chute, le patron du PNP a appelé à la mobilisation pour chasser le régime en place. Il appelle à la poursuite de la marche pour dit-il, libérer les militants de l'opposition emprisonnées après les manifestations du 19 août dernier.
 
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Considéré comme celui qui a redonné vie à la lutte au sein de l'opposition, au regard de la mobilisation, Atchadam renvoie la balle dans le camp du peuple. « Depuis 1990, vous avez voulu que l'opposition travaille ensemble. L'opposition est là. La balle n'est plus dans le camp de l'opposition. Elle est dans le camp du peuple et tout peuple debout arrive toujours à bout de n'importe quel dictateur », crie M. Atchadam.
 
Avant-projet
Au sujet des revendications de l'opposition, le gouvernement en conseil des ministres mardi dernier, la veille de la marche, avait adopté un avant-projet portant modification de trois articles de la constitution du 14 octobre 1992. Il est consacré à la limitation des mandats présidentiels et au mode de scrutin à deux tours.. Il s'agit des 52, 59 et 60. Selon les termes du communiqué du conseil des ministres, l'adoption de cet avant-projet se veut une initiative qui est de nature à favoriser la préservation d'un climat de paix et de sérénité indispensable pour permettre au Togo à répondre aux préoccupations essentielles des populations en matière d'amélioration de leurs conditions de vie.
 
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Le président Faure Gnassingbé qui a présidé le conseil des ministres a, dans le communiqué final "réaffirmé sa volonté d'ouverture. Il invite par ailleurs les acteurs politiques au sens du dépassement pour faire aboutir le projet de révision constitutionnelle", lit-on dans le communiqué.
 
Réactions
L'avant-projet adopté par le gouvernement fait réagir certains leaders de l'opposition. Pour la secrétaire générale de la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa), Brigitte Kafui Adjamagbo, « il est trop tôt pour crier victoire. » Me Apévon Dodji des FDR pense qu'il faut prendre avec des pincettes, ce qui a été décidé en conseil des ministres. Tikpi Atchadam de son côté qualifie de dilatoire l'avant-projet du gouvernement.