Cameroun : la semaine du cœur

Yaoundé accueille, depuis le 24 septembre, un forum international de la santé en marge de la 9e édition de la semaine nationale du cœur.

Au Cameroun, il survient un accident vasculaire cérébrale (AVC) toutes les 5 heures avec un taux de mortalité de 25 % à un mois et de 60 % à 5 ans. Il en découle que le nombre de morts subites liées aux AVC ne se comptent plus.

semaine du coeur cmr eb550Echange avec le public

« Mort subite : osez sauver », c'est sous ce thème que la 9e édition de la semaine nationale du cœur a été lancée. Semaine qui s'achève le 30 septembre prochain. Les éditions précédentes avaient jusque-là mis l'accent uniquement sur la prévention des AVC et les crises cardiaques. A travers d'intenses campagnes de dépistage gratuit de l'hypertension, du diabète, de l'obésité et des troubles de rythme cardiaque, la Fondation Camerounaise du Cœur s'est donnée pour mission de sensibiliser la population. Et en plus de la sensibilisation, l'accent est mis, cette fois, sur la formation du public et des travailleurs sur les gestes qui sauvent en cas de crise subite.

La prévention

Il y a moins de 20 ans, les AVC étaient quasiment inconnus du grand public au Cameroun. Aujourd'hui, ils sont devenus un véritable problème de santé publique. Ils tuent plus que les accidents de route et représentent désormais au Cameroun la 2ème cause de mortalité après les pathologies infectieuses. Ils sont également, selon le constat de la Fondation Camerounaise du Cœur, la principale cause d'handicap neurologique à long terme.

« Une prévention efficace basée sur la connaissance des facteurs de risques et un dépistage précoce associé à une rapidité de prise en charge basée sur la connaissance des signes annonciateurs devraient permettre de sauver des vies, » relève Ghislain Ebang, une victime d'un AVC en 2013, et pris en charge par la Fondation Camerounaise du Cœur.

L'Hypertension atérienne (HTA) est le facteur de risque dominant au Cameroun. Il est en cause dans plus de 80 % des cas d'AVC diagnostiqués. L'HTA est malheureusement très souvent méconnue et découvert au détour de sa complication majeure.

« Connaissez-vous votre risque cardiaque ? ». La question est posée tout au long de cette semaine de sensibilisation. Consciente du danger que court la population et parce qu'elle n'a pas de réponse à cette question, la Fondation Camerounaise du Cœur organise depuis 9 ans cette campagne de sensibilisation. Les chiffres record de découverte d'une HTA sont enregistrés dans les populations camerounaises avec des tensions atériennes dépassant 25. Or, le seul contrôle de l'HTA permet de réduire le risque d'AVC de plus de 50 %.

Le diabète, l'hypercholestérolémie, le tabagisme, l'obésité, la sédentarité, l'alcoolisme chronique, le stress, les troubles du rythme cardiaque, les malformations atério-veineuses de type anévrysme cérébral sont des facteurs de risque qu'il faut connaître et savoir dépister précocement.

ministre santé cmr c5687André Mama Fouda, ministre camerounais de la Santé

Dans le souci de se montrer plus efficace, la Fondation Camerounaise du Cœur est également allée vers les entreprises. Des cours de réanimation cardiaque, des conférences de sensibilisation sur la prévention des AVC et de la mort subite ont été organisés.

« Il a été démontré au Cameroun, que sur les 100 cas d'AVC, 80 sont des employés d'entreprises privés ou para publics.La charge de travail et le stress qui va avec fait de ces personnes les principales cibles d'accidents vasculaires cérébrales, » explique François Ngoumou, entraineur professionnel de football et coordonnateur de la Fondation Camerounaise du Cœur.

Si l'AVC est très souvent brutal et soudain, il existe toutefois des signes annonciateurs qui permettent de prévenir les secours. La faiblesse ou la paralysie même modérée d'une partie du corps comme la paralysie du visage, l'inertie d'un membre, les troubles de la parole, les troubles de la vision, les troubles de l'équilibre, des maux de tête d'apparition brutale et inhabituelle sont des signes annonciateurs qui doivent immédiatement alerter la victime ou ses proches à appeler les secours ou à se rendre rapidement aux urgences afin d'éliminer l'éventualité d'un AVC gravissime débutant.

Le Dr Armand NGHEMKAP le définit comme « un orage qui éclate dans un ciel serein et qui constitue par sa gravité une extrême urgence médicale vitale car plus le délai de prise en charge est bref, moins les séquelles sont importantes du fait que chaque minute est précieuse pour éviter des séquelles ».

Réformes

En matière d'AVC, la prise en charge médicale d'un malade doit être extrêmement urgente. Elle doit se faire vite, pour garder toutes les chances de récupération complète ou du moins avec le minimum de séquelles possibles, dans les 3 heures après l'apparition des premiers signes d'alerte. Problème, l'accès aux soins d'urgence dans les hôpitaux camerounais n'est pas toujours évident. La tenue à Yaoundé du premier forum international de la santé sous le thème « l'hôpital de demain, quelles perspective à l'horizon 2035 » est donc une opportunité de réaffirmer l'engagement du gouvernement dans le processus de réforme de la santé publique au Cameroun.

Pendant trois jours gouvernement et professionnels de santé, des tradi-praticiens et des chercheurs vont plancher pour trouver une solution pour l'amélioration des soins des malades. « En dehors de la sensibilisation des masses populaires au dépistage précoce des facteurs de risques et la vulgarisation de la reconnaissance des signes d'alerte, le gouvernement va adopter une politique de modernisation des infrastructures. Les moyens vont suivre et un document y afférant sera préparé, » a affirmé le ministre camerounais de la Santé publique, André Mama Fouda.