Un vaccin contre Ebola, efficace à 100%

Testé en Guinée sur plus de 4.000 personnes, le vaccin VSV-ZEBOV s'est révélé à 100% efficace, selon une étude publiée vendredi dans la revue médicale britannique The Lancet.

Développé par l'Agence de la santé publique du Canada et dont la licence est détenue par les laboratoires américains NewLink Genetics et Merck, ce premier vaccin qui s'est démontré efficace contre Ebola est désormais "à portée de main", selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les experts ont estimé que les conclusions étaient "remarquables" et qu'elles pourraient "changer la donne" dans le cadre de la lutte contre l'Epidémie d'Ebola qui a déjà fait plus de 11.000 morts en Afrique de l'ouest depuis janvier 2014.
 
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Le vaccin VSV-ZEBOV a pu être testé sur le terrain en Guinée en un temps record, dans moins d'un an, alors qu'il faut généralement près de dix ans pour qu'un vaccin arrive à ce stade de développement, soulignent plusieurs spécialistes. « Les résultats d'un vaccin contre le virus Ebola s'est révélé extrêmement efficace lors des essais », affirment des chercheurs sur un communiqué.

Margaret Chan, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, y voit une "avancée très prometteuse". « Un vaccin efficace sera une arme supplémentaire très importante dans la lutte » contre Ebola, a-t-elle souligné dans un communiqué.

Ces résultats ont suscité des réactions très favorables parmi les experts, mais également dans les pays concernés par l'épidémie.

« C'est une grande nouvelle et l'évènement médical le plus prometteur jusqu'à présent dans la lutte en cours pour stopper Ebola », a commenté le virologiste britannique Benjamin Neumann dans la revue.

Opération et prévisions

Intitulé "Ebola ça suffit", l'essai, entamé le 23 mars, a été réalisé grâce une importante coopération internationale impliquant l'OMS ainsi que des experts de Norvège, France, Suisse, Etats-Unis, Royaume-Uni et Guinée.

Il a concerné plus de 7.000 personnes ayant eu des contacts avec des patients infectés : 4.123 personnes tirées au sort ont reçu le vaccin immédiatement tandis que 3.528 autres ont reçu le vaccin 21 jours plus tard. Dans le premier groupe, aucun cas d'Ebola n'a été détecté au cours des 10 jours ayant suivi l'inoculation, alors que dans le second groupe 16 ont présenté des symptômes. « Devant ces résultats, les promoteurs de l'essai ont autorisé toutes les personnes à risque à recevoir le vaccin immédiatement », a précisé l'OMS.

Après cette phase, ajoute l'OMS, l'essai devrait se poursuivre en incluant des adolescents de 13 à 17 ans et éventuellement des plus jeunes, âgés de 6 à 12 ans. « Jusqu'à présent, le vaccin semble être efficace chez tous les sujets vaccinés, mais il faudra disposer de données plus concluantes pour savoir s'il peut conférer une immunité collective à des populations entières », reconnaît l'Organisation mondiale de la santé.

Il n'est d'ailleurs pas prévu pour l'instant de vacciner tout le monde préventivement, comme c'est le cas pour la poliomyélite ou la rougeole, selon Merck.

Le laboratoire précise qu'une fois les autorisations de mise sur le marché obtenues, il devrait produire et stocker suffisamment de doses de vaccins en prévision des flambées d'Ebola.

L'institution sanitaire mondiale a fait comprendre que d'autres vaccins sont actuellement en cours de développement, dont certains déjà à des stades avancés. C'est notamment le cas du "ChAd3", développé par la firme britannique GSK (GlaxoSmithKline) avec l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID). Il est testé sur le terrain au Liberia depuis février.

Compte tenu des progrès constatés dans la lutte contre la maladie, le secrétaire général de l'ONU Ban ki-Moon a dissous, vendredi, la Mission de l'ONU pour l'action d'urgence contre l'Ebola (MINUAUCE) et décidé de rendre à l'OMS le contrôle complet de l'épidémie.

Malgré cette avancée notoire, l'OMS a reconnu avoir été trop lente à réagir et a présenté un plan de réformes en six points destiné à renforcer sa capacité de réponse en cas d'alerte sanitaire.

« Si ces résultats sont confirmés, le vaccin pourrait "contribuer à mettre fin à l'épidémie actuelle et à contenir rapidement d'éventuelles futures contaminations, même si d'autres essais sont nécessaires », a conclu le Professeur Peter Smith de la London School of Hygiene &Tropical Medicine.