Mauvaises pratiques au CHU de Lomé

Le directeur général du CHU Sylvanus Olympio crève l'abcès et accuse  le personnel de vols, de détournements de matériel et de patients.

C'est une sortie qui fait fait grand bruit à Lomé. Même si les autorités du pays n'ont pas encore rompu le silence sur la question. Le patron du CHU Sylvanus Olympio, le colonel Adom Wiyoou Kpao n'a pas mâché ses mots pour dénoncer, les problèmes qui minent son institution. Le vol de matériels, les facturations parallèles, l'absentéisme, les détournements de patients, les négligences, le manque de conscience professionnelle, etc.
 
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Cette sortie du directeur général ne vient que confirmer les dénonciations et autres plaintes de milliers de Togolais à l'égard du personnel soignant du CHU. Ces dysfonctionnements graves touchent presque tous les départements du CHU. Selon le Col Adom Wiyoou, il est difficile de trouver parmi le personnel, celui ou celle qui est intègre.
 
Le mal de cet hôpital, explique le directeur du CHU, ce sont les mentalités. De tous les agents, à peine 2 sur 10 sont intègres. "Si vous allez par exemple au service du transport routier, plus de 50% des certificats de vision provenant du CHU SO sont délivrés par des agents qui empochent eux-mêmes les sous. Vous trouvez des agents qui ont eux-mêmes des facturiers (Ndlr : parallèlement au circuit normal de comptabilité) au boulot dans leurs bureaux", a dénoncé le patron du CHU SO.
 
Des cas de vols de consommables, de matériels détournés, le Col n'a pas oublié aucun détail lié au comportement anti-professionnel des agents de la santé. "Par exemple, le cas d'une acquisition d'un stock de 210 cartons de papiers rames et de cartouches d'encre qui a fondu en quelques semaines. Au contrôle, les dégâts sont importants : 103 cartons de papiers et 44 cartouches d'encre disparus. Il y a aussi des cas où d'importantes différences sont notées entre la quantité de produits déclarés à l'acquisition et celle utilisée finalement. ", confie le directeur au Bi-Hebdo, l'Alternative.
 
"Il m'arrive par exemple avant de signer une commande d'achat de gants stériles de me poser des questions de savoir où cela passe. Parce que, au même moment que moi j'achète des gants, les médecins prescrivent encore aux patients les gants",
 
Lits
 
Le directeur n'a pas été du tout tendre avec le département de la pédiatrie. Là, dit le Col, c'est la catastrophe couplée avec une mauvaise organisation allant du chef jusqu'au dernier agent. A cause de mauvaise prestation à la pédiatrie, des proches de patients n'hésitent à convoquer la direction au tribunal. Ce que reconnaît publiquement, M. Adom.
 
Selon la direction, plus de 60% des prestations de la pédiatrie ne figurent nullement dans les documents comptables du CHU. "Je suis allé deux fois au tribunal à cause de la pédiatrie. Parfois, dans ce service, les infirmiers s'absentent et se font remplacer par des amis qui ont été formés sur le tas et qui administrent des traitements inadéquats qui parfois causent la mort des enfants", déplore-t-il.
 
tg dg chu 02552Le colonel Adom Wiyoou Kpao
 
Egalement en Chirurgie, il regrette des opérations privées clandestines. "Parfois, le chirurgien déclare un pansement juste avant d'accéder à la salle opératoire, mais en réalité il y va avec un patient pour l'opérer d'une appendicite dont il fixe lui-même le coût et empoche l'argent".
 
"Si j'avais la possibilité de renvoyer des gens ici", a martelé le directeur du CHU Sylvanus Olympio, "je commencerais par les professeurs; mais hélas, je n'ai pas cette possibilité"
 
Le personnel du CHU est estimé à 1400 agents qui s'occupent de 800 lits. Leur charge salariale mensuelle s'élève à 151 millions de F CFA, contre des recettes qui s'élèvent en moyenne à 95 millions de F.cfa.
 
Réactions
 
A la Synergie des travailleurs du Togo, (STT), la plus grande organisation syndicale des travailleurs du public, il n'y a rien de nouveau dans les propos du DG. Pour Nadou Lawson, coordinatrice de la STT la sortie du directeur général du CHU SO, n'est pas une surprise. "C'est une réalité », confie-t-elle.
 
Selon elle, c'est ce constat qui explique, entre mars et avril 2016, l'organisation de la grande campagne de sensibilisation axée sur le thème « le service public de qualité." Elle s'adressait à tous les agents du service public, dans l'agglomération de Lomé. Cette campagne, explique Nadou Lawson, se veut un remède au manquement constaté dans le service public qui, malheureusement, se généralise presque dans tous les services publics du Togo.
 
La mise en cause des professeurs par la direction générale de l'hôpital de référence du Togo, n'est pas du goût des concernés. Ce lundi, au CHU SO, s'est tenue une rencontre avec la direction. Si les professeurs sont conscients que les dysfonctionnements au sein de l'hôpital ne sont pas nouveaux, ils ne sont pas d'accords sur certains points exposés par le Col Adom. Ce qui explique les désaccords lors de la rencontre.
 
"Il y a eu beaucoup de malentendu à la sortie de la réunion par rapport à ce qui est publié dans le journal. Ce qui nous intéresse nous, c'est de discuter avec le directeur et les chefs de service pour aplanir les différends, confie le prof Anoumou Yaotse Dagnra, joint au téléphone. Celui-ci affirme qu'"il y a des choses qui sont vraies, des choses qui sont de mauvaises foi et des choses qui sont mal venues dans la sortie médiatique du directeur".
 
Insatisfaction
 
Il faut le souligner, le ministre de la Fonction publique, Gilbert Bawara, avait déjà souligné les innombrables difficultés et pesanteurs qui nuisent à l'administration publique togolaise : tracasseries administratives, bureaucratie pesante; dilettantisme de certains fonctionnaires, favoritisme, clientélisme, corruption...
 
"Ce sont des anti valeurs qui doivent être absolument combattus et éradiqués afin de redonner ses lettres de noblesse à l'administration et aux services publics", avait laissé entendre M Bawara lors des journées portes ouvertes tenues en novembre 2015.
 
Entre 2014-2015, une étude réalisée par l'Union Africaine au Togo sur le dégrès d'insatisfaction des populations vis-à vis de leur administration publique, indiquait entre 30 et 40%. Au niveau du secteur de la santé, l'insatisfaction avoisine les 89% contre 55% pour l'éducation et 70% pour le secteur de l'eau.