Niger: trafic de bébés

18 personnes ont été placées sous mandat de dépôt mercredi dernier, dans le cadre de l’affaire dite de trafic de bébés dévoilée par la presse nigérienne.

31 personnes au total sont accusées dans l'affaire dite de trafic de bébés qui domine l'actualité au Niger. 18 ont été inculpées par le juge en charge du dossier pour « supposition d'enfants, faux et usage de faux et association de malfaiteurs.» Parmi les personnes mises sous mandat dépôt, Hadiza Hama Amadou, la seconde épouse du président de l'Assemblée nationale, Hama Amadou, et l'épouse du ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture (actuellement en déplacement avec le président nigérien à Malabo), Abdou Labo, ( un femme âgée de plus de 50 ans), selon ses proches.

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Y figurent également l'épouse de l'ancien directeur général de la Société Nigérienne des Banques (SONIBAK), Moussa Haïtou, dont les trois épouses ont eu chacune deux jumeaux, le secrétaire général de la Chambre de commerce d'industrie et d'artisanat Maliki Barhoumi, dont la femme a eu deux jumeaux. A ceux-là s'ajoutent des complices dont des sages-femmes d'une maternité de la capitale qui ont établi des actes de naissance à ces nouveaux-nés.

Le processus d'acquisition de ces bébés a été porté à la connaissance des autorités judiciaires nigériennes suite à une enquête effectuée au Nigeria, pays d'origine du trafic. Selon le journal L'Evènement du Niger, pour tromper la vigilance de leur entourage, les futures «fausses mères» prenaient part à une mise en scène organisée entre la parente d'un chef d'Etat d'un pays de la sous-région et les « fabricants » de bébés.

« C'est ainsi qu'elles s'étaient toutes rendues dans un village non loin de Lagos, où elles boivent une décoction magique, payée pour une somme d'environ 4 millions de francs CFA, » écrit le journal. Le produit consommé va dans un premier temps, perturber les menstruations de la femme et faire apparaitre sur son physique, des signes tels que ceux apparaissant chez une femme enceinte, à savoir le gonflement des seins, la nausée, les vomissements, etc.

Firme

Un second rendez-vous est ensuite pris, plus tard, au même endroit en vue de confirmer l'existence de la miraculeuse grossesse et de rassurer la future mère de la venue prochaine d'un bébé ou d'une paire des jumeaux sans père. Puis, vient un troisième rendez-vous, celui de la délivrance.

La même source explique que toutes les «fausses mères» nigériennes ont répondu aux rendez-vous sans être accompagnées par leurs médecins. Une fois sur place, la femme est isolée seule dans un mystérieux endroit, comportant plusieurs salles d'accouchements pour qu'elle accouche du nombre de bébés demandés.

A chaque fois qu'on y introduit une femme désirant un bébé, se trouve à côté, des vraies mères en attente d'accouchement. Ce sont les bébés enfantés par ces dernières internées dans la firme plusieurs mois auparavant, qui sont présentés aux «fausses mères» et celles-ci quittent les lieux en compagnie de ces bébés.

Une affaire qualifiée de politique

Pour l'avocat de l'épouse et de la sœur de Hama Amadou, interrogé par RFI : " dans ce dossier, nous disons qu'il y a une cible, et cette cible est Hama Amadou en personne. On cherche par tous les moyens le motif pour le débarquer de son poste et le conduire en prison. Or, il se trouve que c'est une autorité de ce pays qui a payé à l'épouse de Hama Amadou son billet d'avion pour le Nigeria ainsi que les frais médicaux pour son accouchement."

En effet, depuis août 2013, un pan du parti du président de l'Assemblée nationale Hama Amadou, le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (Moden) qui a aidé le président Issoufou Mahamadou à accéder au pouvoir en avril 2011, a basculé dans l'opposition. Dès lors, il est considéré comme l'ennemi numéro 1 du pouvoir, qui digère mal le fait qu'il continue à diriger la deuxième institution du pays. Ce qui fait de lui le second homme fort du Niger.

Sacrifice

Les tentatives du débarquement de Hama de son perchoir ont jusque-là échoué. Ses proches estiment que toutes ces affaires sont créées pour le faire débarquer, d'une part, et d'autre part, afin de lui couper la route pour la présidentielle de 2016. Pour les militants du Moden, tout se joue pour 2016 et le président du parti est considéré comme l'homme qui peut empêcher Issoufou de rempiler pour un second mandat à la tête du Niger.

Mais parmi les personnes impliquées, figurent aussi un ministre. Et non des moindres. Abdou Labo, ministre d'Etat, a fait en effet défection à son parti, la Convention démocratique et Social (CDS), parti du premier président démocratiquement élu du Niger, Mahamane Ousmane, qui se trouve officiellement dans l'opposition. Mais Labo a été retenu dans le gouvernement depuis trois ans. Sa seconde épouse fait partie des personnes mis sous mandat dépôt. Son immunité sera-t-elle levée ? Le président Issoufou va-t-il le sacrifier ? Telle est la question.

Tout dépend du traitement que la justice fera de cette affaire.