Deux Nigérianes forcées à se prostituer à Gao au Mali

Elles rêvaient de Dubaï pour gagner de l’argent, mais elles se retrouvent en plein cauchemar à Gao au Mali, forcées à se prostituer.

Rien ne prédestinait Funnilayo Badejo et Victor Blessing, deux jeunes filles de nationalité nigériane à la prostitution. Cependant elles l'ont pratiqué pendant deux longs mois. Sous contrainte. Jusqu'à ce jour, 27 août où elles sont arrivées à Niamey. Mais pour être directement enfermées à la cellule de la police judiciaire de Niamey. Parce que leur « patronne », une certaine Aïcha les accusaient d'avoir volé son argent et de prendre la fuite.

ngr traite humaine 7226fFunnilayo Badejo et Victor Blessing

Tout est parti de la rencontre d'un côté de Funnilayo Badejo et Victor Blessing, âgées respectivement de 20 et 17 ans et, de l'autre côté, un certain I.K, « par l'intermédiaire de son ami », explique Funnilayo. « Je rêvais d'ouvrir un salon de coiffure, mais je n'ai pas les moyens. » « Victor voulait étudier. I.K a promis de nous amener à Dubaï pour nous trouver du travail dans des magasins et gagner beaucoup d'argent. »

Le voyage est organisé. « I.K nous a fait voyager de Lagos (Nigeria, NDLR) à Cotonou (Bénin,NDLR) où il nous a payé le bus pour Niamey (Niger, NDLR) », poursuit-elle. « Nous étions trois au départ, mais la troisième n'a pu effectuer le voyage parce que ses parents qui soupçonnaient le monsieur ont refusé, » ajoute Victor.

Arrivées à la frontière entre le Niger et le Bénin, les deux filles sont refoulées pour absence de documents de voyage. Le passeur qui se trouvait déjà sur place et a pris soin de ne pas prendre le même bus que les deux filles, alerte la nommée Aïcha qui contacte d'autres individus sur place.

Funnilayo Badejo et Victor Blessing entrent enfin sur le territoire nigérien par... pirogue. Deux individus sont venus les chercher pour leur faire traverser le fleuve qui sert à cet endroit de frontière entre le Niger et le Bénin. « Dans des conditions curieuses », relèvent les deux filles. La dame Aïcha récupère ensuite ses « deux enfants » à Niamey pour les acheminer, sans aucune difficulté dans la ville de Gao au Mali.

Deux mois difficiles

« Dès notre arrivée dans cette ville que nous ne connaissons pas, Aïcha nous loge dans un appartement et nous trouve des habits. Elle nous dit de porter pour commencer le travail, sans lequel nous ne serons jamais conduites à Dubaï », explique Funnilayo. « Aïcha a exigé 1,5 million de FCFA (2286 euros, NDLR) à chacune de nous deux pour nous affranchir », renchérit Victor. « De 18 heures à 6 heures du matin nous étions à la merci des clients et Aïcha encaissait l'argent. Elle nous donnait juste de quoi survivre, » témoigne Funnilayo Badejo.

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«Nous passons tout notre temps à voir défiler les hommes», se rappelle non sans amertume Victor Blessing. «Il nous arrivait de recevoir 10 à 15 clients dans cet intervalle» confie Funnilayo Badejo.

Ce supplice dans une ville inconnue où leur « patronne » est très populaire, a incité les deux filles à faire des économies. Ainsi, avec la complicité d'un de leurs clients, elles réussissent à quitter l'enfer de Gao. Mais c'est sans compter sur la détermination de Aïcha qui téléphone le chauffeur du bus à bord duquel voyage les deux Nigérianes. Elle l'informe que ses filles ont volé son argent et ont pris la fuite. Malgré tout, le bus transporte quand même les deux infortunées à Niamey.

Un passager du bus informe l'Organisation de lutte contre le trafic humain, la prostitution, et l'immigration clandestine (LTHP). « Face à la complexité de la situation, j'ai proposé à ce que l'affaire soit portée à la police, d'abord au commissariat de Yantala, qui est le plus proche, puis à la police judiciaire », témoigne le président de l'ONG Benjamin Okossun Obobor.

Il explique qu'une enquête est ouverte et Aïcha est interpellée. Les trois femmes vont passer quelques jours à la police judiciaire avant d'être présentées au procureur. « Funnilayo Badejo et Victor Blessing sont libérées et Aïcha envoyée en prison, » se réjouit Benjamin Okossun Obobor.

En attendant le retour au bercail

Depuis une semaine, Funnilayo Badejo et Victor Blessing sont logées dans le centre d'accueil de la cathédrale de Niamey. Le président de l'ONG LTHP veut s'assurer que les deux jeunes filles vont bien. « Il ne s'agit pas de les faire repartir chez elles, mais de s'assurer qu'elles ne vont pas retomber dans la prostitution. Il faut aussi les convaincre de renoncer à l'immigration », explique-t-il.

Même pensée du côté de l'OIM Niger. En effet, depuis ce jeudi, l'organisation a pris le relais. Après un échange téléphonique avec la présidente de l'OIM, en notre présence, les deux filles semblent se porter mieux. L'OIM va les accueillir dans son centre pendant quelques jours. Après, elle les dotera du « nécessaire » pour repartir au Nigeria. Peut-être reprendront-elles un meilleur départ.