Tunisie : une enfant de 13 ans mariée à son violeur

Une fille de 13 ans, violée par un jeune de 21 ans, tombe enceinte. Elle est obligée, par ordre judiciaire, d'épouser son violeur. L'affaire provoque un tollé.

Des voix s'élevent pour faire annuler le contrat de mariage d'une enfant de 13 ans, enceinte de trois mois, qui vient d'épouser son violeur. Les parents de la fillette ont porté plainte récemment contre un jeune homme de 21 ans qui a abusé de leur fille âgée de 13 ans.

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Le jeune chômeur a avoué aux autorités avoir mis enceinte la jeune fille. Il a alors cherché à réparer son erreur, en épousant sa victime le plus tôt possible pour éviter ainsi d'être traduit devant la justice, puisque le mariage du violeur avec la victime, arrête les poursuites et les effets de condamnation. Les parents conscients du fait que personne ne voudra plus de leur fille, ont préféré ainsi marier leur enfant au risque de devenir la risée de la société. Les mères célibataires n'étant pas vues d'un bon œil dans la société arabo-musulmane.

Le tribunal du Kef, une région du nord ouest tunisien, a donné son feu vert le 1er décembre et la signature du contrat de mariage a eu lieu le 5 décembre avec l'autorisation des parents. Une fête était prévue dimanche 11 décembre, mais elle a été annulée après l'intervention du délégué de la protection de l'Enfance du Kef qui a aussi réclamé l'annulation du contrat de mariage.

Des militants de la société civile se rebellent ...

Comment la Tunisie, ce pays avant-gardiste en matière d'égalité des sexes, du code du statut personnel (CSP), du code de l'Enfance permet le mariage entre un agresseur et sa victime pour mettre fin aux poursuites et au procès ? Cette question a été largement débattue aujourd'hui dans les médias.

Le procureur de la République auprès du tribunal de première instance du Kef, Chokri Mejri a affirmé sur une radio privée que l'autorisation de mariage accordée par la justice à ce jeune homme est irrécusable. Il a affirmé que le contrat de mariage signé sous la supervision du juge auprès du tribunal de première instance du Kef, ne peut être annulé. En effet l'article 227 bis du code pénal tunisien prévoit une peine de prison de six ans pour toute personne ayant « fait subir sans violence l'acte sexuel à un enfant de sexe féminin âgé de moins de 15 ans accomplis », dans ce même article, le mariage du coupable avec la victime dans les deux cas prévus par le présent article arrête les poursuites ou les effets de la condamnation.

Des citoyens et des militants de la société civile se sont indignés, des juges considèrent qu'à 13 ans, on ne peut donner un consentement libre et éclairé, d'autant plus qu'il n'y a pas d'éducation sexuelle à l'école. D'autres militants de la société civile soulignent qu'on ne remédie pas à un acte de viol par le mariage. Le ministère tunisien de la Femme, de la Famille et de l'Enfance a exprimé sa profonde préoccupation envers la situation de cette fillette, ayant fait l'objet d'un ordre judicaire, autorisant son mariage avec son agresseur.