Togo: lutte contre le trafic d'ivoire

Le ministre de l’Environnement revient sur les importantes saisies d’ivoire à Lomé et la lutte conte le braconnage dans un pays qui ne compte en moyenne qu’une centaine d’éléphants.

 

envrnt 338b3André Johnson, ministre de l'Environnement - Togo

Afrique Actualite : Quels sont les projets de votre ministère pour la défense de la faune et la flore togolaises ?


André Johnson : Nous avons pour mission essentielle d'assurer la supervision et la coordination des activités des services relevant de notre compétence. Il s'agit en réalité de la mise en œuvre des politiques, stratégies, programmes et projets en matière de protection des ressources forestières et de gestion des écosystèmes fragiles.

En ce qui concerne la faune et la flore togolaises, il est très important pour nous de faire des inventaires fauniques et floristiques et d'actualiser la réglementation forestière. Mais, en attendant, il nous faudrait renforcer le contrôle de la régularité de l'exploitation des produits de la flore et de la faune.

Pour réaliser ce but, nous sommes préoccupés à renforcer le système national des aires protégées du Togo et rendre opérationnel les aires protégées abritant les populations d'éléphants

L'un des défis du Togo, c'est la lutte contre le braconnage. Et l'animal le plus à protéger, reste aujourd'hui, l'éléphant. En existe-t-il encore dans les forêts togolaises ?

Notre vision aujourd'hui est de sécuriser 578000 hectares d'aires protégées. C'est l'occasion d'assurer la conservation de la diversité biologique, notamment les populations d'éléphants qui constituent pour le Togo un élément phare de sa politique d'intervention en matière de conservation des ressources naturelles.

La plus grande population d'éléphants au Togo est concentrée dans le parc national de Fazao-Malfakassa d'une superficie de 192 000 hectares zone où l'on rencontre 115 têtes d'éléphnts. Une population d'éléphants géographiquement séparée de cette dernière s'observe dans l'aire protégée d'Abdoulaye d'une superficie de 30 000 hectares située dans la préfecture de Tchamba.

Des incursions saisonnières d'éléphants sont enregistrées dans le complexe Oti-Kéran Mandouri d'une superficie de 179 000 hectares. Ce complexe est à cheval sur les préfectures de Kéran, d'Oti et de Kpendjal et connectée au complexe WAP (Arly au Burkina-Faso, W au Nigeret Pendjariau Bénin).

Jusqu'à une période récente, les aires protégées de la fosse aux Lions et de Doungh dans la préfecture de Tône d'une superficie de 1600 hectares avaient constitué la zone de prédilection des éléphants.

Les éléphants de nos jours font objet de braconnage. Pourquoi ?

Les constituants d'éléphant, notamment ces canines très développées appelées encore ivoire sont recherchées sur le marché mondial. La valeur marchande d'un kilogramme dudit spécimen varie entre 800.000 à 1 000 000 de francs CFA. Ainsi, l'éléphant est braconné pour ses ivoires. Les recettes issues du commerce d'ivoire sont utilisées pour financer le terrorisme et d'autres actions peu orthodoxes.

Mais alors, pourquoi le pays sert de zone de passage pour les trafiquants des défenses d'éléphants ?

Les trafiquants ont leurs raisons que nous ne connaissons pas. Mais, il convient de signaler que le système d'exportation du port autonome de Lomé est fluide. Aussi, les textes en vigueur en matière du trafic d'ivoire sont-ils faibles. Les trafiquants profiteraient de ces paramètres.

trafiquants 5216fSaisie d'ivoire en janvier dernier


Les saisies opérées au niveau du Togo, que deviennent-elles ? A combien peut-on évaluer les différentes saisies de 2012, 2013 et 2014 ?

Les produits saisis deviennent la propriété de l'Etat qui saura, au terme des échanges que le Gouvernement engagera avec le secrétariat de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) et autres institutions compétentes, décider des orientations de gestion des saisies.

Rappelons que de 2007 jusqu'à nos jours, le ministère de l'Environnement et des ressources forestières a enregistré plusieurs cas de saisies d'ivoire. Les plus importantes qui ont fait l'objet de médiatisation et de poursuites judiciaires sont celles opérées courant de l'année 2013 jusqu'à janvier 2014.(1)

Soulignons que les ivoires saisie ont été dissimulés dans 266 grumes à destination du Vietnam. Les différentes saisies ainsi opérées par le Togo mettent en exergue la volonté manifeste du Gouvernement togolais à contribuer, non seulement à l'échelle régionale à la conservation de la diversité biologique, mais aussi à la sécurité quand on sait que le trafic d'ivoire est source de financement du terrorisme et de beaucoup d'autres organisations criminelles.

Malgré les dispositions prises, le trafic continue. Que faire au niveau du Togo ?

Nous allons nous assigner pour tâches essentielles :

- l'amélioration des échanges d'informations entre les différents départements ministériels à travers la mise en place d'un groupe d'appui national pour la sécurité environnementale (un séminaire sur la sécurité environnementale est prévu à cet effet) ;

- l'intégration et la formation des agents forestiers au sein de l'unité mixte de contrôle de conteneurs au port autonome de Lomé ;

- la relecture du code forestier et de la loi cadre sur l'environnement en vue de la prise en compte des spécificités des infractions relatives au trafic illicite d'ivoire et autres crimes environnementaux ;

- la recherche d'autres moyens de détection plus modernes à l'instar des chiens renifleurs ;

- la mise en synergie des besoins des différents départements ministériels en vue de la mobilisation des ressources pour la lutte contre la criminalité environnementale au Togo.

 On dit souvent, quand la maladie atteint l'os, guérir la peau, est un vain palliatif. Ne pensez-vous pas que, les efforts du Togo s'arrêteront si les pays dans lesquels on tue les animaux croisent les bras ?

La lutte contre le trafic illégal de l'ivoire nécessite la coopération avec les autres parties signataires de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) et les organisations internationales concernées, surtout les producteurs d'ivoire.

Nous avons déjà reçu en audience dans la matinée du vendredi 13 septembre 2013, un émissaire du gouvernement tchadien, maître Nadji Madou, conseiller spécial du premier ministre de la république du Tchad, venu au Togo dans le cadre du suivi de l'affaire Emile M'Bouké, arrêté à Lomé, le 06 Août 2013 en possession de 700,50 kg d'ivoire.

Nous avons partagé avec Me Madou toutes les stratégies de coopération nationale et internationale basées sur les principes et les fondements de la Convention sur le commerce international de faune et de flore menacées d'extension (CITES) que nous avions menées.

Nous avons reçu également en audience l'ONG LAGA basée au Gabon, chargé de l'application de la loi sur la faune sauvage. Nous sommes en discussion avec les ambassades accréditées au Togo, notamment celles de France et des USA afin de mettre ensemble nos efforts pour mettre fin à ce fléau.



(1) Les saisies :

- 26 articles en ivoire (14 bracelets, 08 médailles, 02 bagues et une paire de boucles d'oreilles, le 15 janvier 2013, à Lomé ;

- une sculpture de lion en ivoire de 0,26 grammes, le 16 avril 2013, à Lomé;

- 1148 pointes d'ivoire (2183, 2 kg saisies le 18 Juillet 2013 à Hong Kong ;
- 700,50 kg d'ivoire, le 06 août 2013 à Lomé ;
- 25 kg d'ivoire saisis le 06 et 07 août 2013, à Lomé.
- 1689,45 kg et (2162, 3) kg d'ivoire, successivement saisis les 23 et 29 janvier -2014 au Port Autonome de Lomé (PAL), soit un total de 3851,75 kg.