Limda Awesso : « Le Togolais commence à s'imprégner de la mode. »

Limda Awesso est la promotrice du festival international ELIMA. Elle revient sur sa passion pour la mode.

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Parlez-nous de la marque "ELIMA" ?
 
C'est une marque de prêt à porter comme on peut voir Adidas, Ralph-Laurene et autres. J'ai préféré maintenant prendre les choses un peu plus au sérieux et industrialiser ma marque pour pouvoir la vendre à grande échelle et l'exporter dans plusieurs pays.
 
Souvent en Afrique, on a l'habitude d'aller chez le styliste, acheter un modèle unique. C'est bien, je le fais toujours. Mais le styliste ne s'en sort pas forcément. Il faut qu'il voit grand, comme les Zara, Mango et autres pour lancer des modes. Pour ce faire, il faut l'industrialiser.
 
 
Et ça marche ?
 
(Rire), puisque c'est la première année que je fais ce prêt-à-porter, les gens ont beaucoup apprécié. Je m'apprête à ramener la nouvelle collection. D'ici le mois d'août, elle sera prête.
 
 
La mode pour vous, est-ce une passion ?
 
Au départ, si on n'est pas passionné, on ne peut pas faire partie de ce monde. C'est une passion pour moi depuis que je suis petite. Je griffonnais pas mal de graphiques partout sur mes cahiers.
 
Mais, surtout la mode, même quand on est passionné, il faut savoir que, c'est aussi un métier. Cela veut dire qu'on doit en faire et en vivre.
 
Il faut étudier tout ce qui est autour du vêtement pour pouvoir en vivre et créer une société en tant que telle pour payer le personnel et s'en sortir pour en faire un vrai business.
 
 
Hier, quand on parlait de la mode à un Togolais, cela semblait ne pas lui dire grande chose. Est-ce qu'elle est rentrée aujourd'hui dans les habitudes togolaises ?
 
Je crois que, la mode commence à prendre sa place dans la société togolaise. C'est ce que nous essayons de faire comprendre à travers le festival «Elima», où on fait des spectacles gratuits. On amène la mode vers les gens pour que tout le monde se sente un peu concerné.
 
Souvent, c'est dans les quartiers défavorisés que démarre la mode. Les gens s'habillent avec les moyens de bord, mais ils s'habillent très bien. Cela nous inspire à faire des choses extraordinaires.
 
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Le Togolais commence vraiment à réagir, à s'adapter et à s'imprégner de la mode. La dernière fashion week de Lomé, en février, en est la preuve. Le public est venu nombreux, parce que c'était gratuit. Souvent les gens pensent que c'est quelque chose qui est réservée aux riches. Les stylistes togolais ont fini par comprendre qu'il fallait qu'on intéresse nos clients potentiels, en leur offrant le spectacle.
 
Oui, la plupart des gens viennent vers nous en disant qu'ils aimeraient porter nos tenues pour sortir ou pour des grands évènements. Les gens s'habillent bien. Ils ont envie de nous aider à s'affirmer parce que, quand ils viennent vers nous. On devient un peu des ambassadeurs par nos marques.
 
Seulement, il y a encore cette crainte du prix trop cher, mais il faut encore plus travailler là-dessus. Il faut que le Togolais dise, aujourd'hui je veux porter togolais parce qu'il est fier de ce que font ses frères et sœurs.
 
 
Que répondez-vous à ceux qui pensent que, le stylisme est un domaine de «ratés» ?
 
C'est vrai. Honnêtement, nos parents même ont pensé ainsi en disant : « la mode, c'est le mannequin, la drogue, l'alcool, la fête, l'homosexualité. » Le stylisme, c'est vraiment un métier dérisoire que l'on fait quand on ne sait plus quoi faire alors que maintenant, c'est le contraire.
 
Il faut parler plusieurs langues : anglais forcément, maîtriser l'outil informatique pour créer les modèles. Il faut faire de la communication, le droit, l'histoire (pour connaître d'où vient le métier qu'on fait.) Il faut vraiment dire que, pour se lancer dans la mode, le minimum, c'est le baccalauréat.
 
Le stylisme est devenu un milieu très sélect et il n'y a que les meilleurs qui vont réussir. Donc, cela n'a rien avec les idées préconçues qu'on avait en pensant au système D, où il fallait envoyer son enfant.
 
 
Vous êtes la promotrice du grand évènement le festival international ELIMA. Parlez nous-en un peu.
 
Nous avons terminé la 4e édition Elima. C'est un festival qui consiste à faire participer la population à notre envie de montrer, de prouver qu'au Togo, il se fait de bonnes choses, à rendre notre pays plus hospitalié pour tous les étrangers qui viennent. Notre dernière édition a rassemblé 14 pays. C'est un festival festif comportant des formations pour former un peu les journalistes sur certaines choses liées à la mode. Nous avons lors du spectacle, 2000 à 3000 personnes assises.
 
L'objectif du festival Elima, c'est devenir autonome, une industrie parmi tant d'autres. Il fait vivre des gens. On travaille plus pour la prochaine édition qui se tiendra en 2017.
 
Propos recueillis à Lomé par Lambert Atisso