Doumbi Fakoly : « Le Mali va toujours mal. »

Doumbi Fakoly, écrivain et historien malien, a pris part au festival Ciné Droit libre à Dakar. Il revient sur la situation socio-politique dans son pays.

Comment va le Mali aujourd'hui ?


Le Mali va toujours mal. Il va encore plus mal qu'avant. C'est vrai, il y avait une occupation territoriale par certains groupes armés, mais toujours est-il que ces groupes armés sont toujours présentes. Le MNLA qui est toujours présent à Kidal qui est pratiquement devenu son fief et où le premier ministre (Oumar Tatam Ly, ancien premier ministre, NDLR) ne peut pas aller. Les membres du MNLA avaient empêché son avion d'atterrir.

doumbia fak a6e22Doumbi Fakoly : "l'Afrique ne produit pas d'armes"

Même le président de la République ne peut pas oser aller à Kidal. Il a programmé lors de sa campagne électorale, la récupération entre autres de Kidal dans les meilleurs délais, mais lui-même n'ose pas y aller.

Le Mali est toujours à genoux. L'actuel gouvernement est passé de 21 à 31 ministres, alors qu'un pays qui sort de cette situation, a besoin d'argent pour se reconstruire. Il faut donc arrêter ces dépenses inutiles. Il (Ibrahim Boubakar Keïta) s'est même payé un avion personnel. Le Mali va plus mal encore.

Revenons à la démission d'Oumar tatam Ly. Il a rendu le tablier par « de manque de marge de manœuvre » pour reprendre ses propos. Certaines sources évoquent aussi la lenteur dans les négociations avec les groupes armés au nord du pays ? Qu'en est-il réellement ?

Oumar Tatam Ly a parfaitement raison. On lui a mis des bâtons dans les roues. Le bruit court que c'est le fils du président lui-même qui a certainement des ambitions. Il aurait fait en sorte qu'il soit dégoûté et qu'il parte. Mais, c'est à vérifier. Ce qu'il faut savoir, c'est que la lenteur dans les négociations ne vient pas de lui. Elle vient aussi du président de la République. S'il ne lui donne pas les moyens, comment peut-il mener sa politique convenablement ? Il a dit qu'il y a des mésententes. Il a proposé des ajustements que le président n'a pas voulus. Il ne peut pas rester puisqu'il ne peut pas faire son travail. Voilà quelqu'un qui prouve qu'il n'est pas venu chercher de l'argent contrairement à un autre premier ministre qui serait resté.

C'est dans ces conditions que Moussa Mara, ancien ministre de l'Urbanisme a été nommé et a formé un gouvernement de 31 ministres, avec des axes de priorités comme la sécurité et la réconciliation. Dans ce gouvernement, Ould Sidi Mohammed, arabe et natif de Tombouctou au nord-Mali, détient le poste de la Réconciliation. Pensez-vous que la nomination d'un autochtone puisse accélérer les discussions entre protagonistes ?

C'est son idée. Mais personne ne croit à cela. L'ancien ministre qui avait occupé ce portefeuille, Cheikh Diarra, dans la commission qu'il avait formé, il insistait sur le fait qu'il n'y ait pas seulement réconciliation, mais qu'il y ait vérité et justice. Je pense que ce thème a dû gêner. Ils ont enlevé « Justice » et ils ont seulement maintenu « ministère de la Réconciliation ». Eventuellement, ils vont faire comme Nelson Mandela en Afrique du Sud et il n'y aura pas de justice. Et cela ne peut pas marcher. Je sais que cette nomination a été faite pour séduire les gens de Kidal. Mais, cela ne va pas donner grande chose. Ce que les autochtones de cette région veulent, c'est l'indépendance de Kidal et ils ont le soutien affiché de la France. Voilà pourquoi, il a été demandé qu'ils soient désarmés lors des entretiens de Ouaga, ce qui n'a pas été fait. Ils sont libres comme l'air à Kidal. Rien ne prouve qu'ils ne soient pas encore en train de se réarmer.

Ibrahim Boubacar Keïta est actuellement en visite au Sénégal (l'entretien a été réalisé lors de la visite du président malien au Sénégal la semaine passée) pour réchauffer l'axe Bamako-Dakar. Que vous inspire cette visite ?

A mon avis, IBK n'a même pas à venir au Sénégal. Il dépense l'argent pour rien. On ne voit pas vraiment de quoi, il est venu discuter avec Macky Sall. S'il pouvait s'agir du rapatriement d'Amadou Toumani Toure (ATT) qu'il soit jugé, on peut le comprendre. Même si c'est ça, il ne peut pas l'obtenir de Macky Sall. Celui-ci ne va pas trahir la terre sénégalaise en renvoyant ATT chez lui à moins de demander à ATT d'aller ailleurs. Donc, on ne voit même pas les raisons pour lesquelles, il est là.

Quels sont selon vous, en tant qu'historien, les raisons qui peuvent expliquer la multiplication des conflits armés en Afrique, plus de 50 ans après les indépendances ?

L'Afrique ne produit pas d'armes, je crois qu'on est d'accord là-dessus. Peut-être l'Afrique du Sud seul en est capable. Mais, d'où viennent ces armes en si grande quantité ? C'est de l'extérieur. Ce qui veut dire que ce sont les pays de l'extérieur qui mènent ces travers pour diviser l'Afrique. C'est aux Africains de comprendre cela. Ces groupuscules qui font la guerre le font dans l'intérêt des pays étrangers. C'est ça le drame de l'Afrique. Les Africains sont toujours utilisés contre eux-mêmes, par des puissances étrangères.