Notre correspondant à Bangui est sorti de prison

Patrick Akibata, fait partie des trois journalistes centrafricains placés en garde à vue pour outrage à Samba-Panza. Il aura passé une semaine en prison. Interview.

 

Vous venez de passer quelques jours en détention, quelles ont été les causes réelles de votre arrestation ?

Mon arrestation fait suite à un article de presse écrit par le journal en ligne « Gabon Libre.com » que mon organe le quotidien Le Peuple a eu à republier et qui a été mal interprété par les autorités de transition.

patrick a6107Patrick Akibata - afriqueactualite.com

Revenons un instant sur les conditions de votre arrestation...

Les conditions de mon arrestation n'étaient pas dans les normes. J'ai été arrêté sans une convocation ou un mandat d'amené. En aucun cas, j'ai été saisi par la justice. J'étais allé assister le confrère Zoumiri Regis du journal Le Palmarès qui a été transféré devant le doyen des juges pour être entendu. C'est en foulant le sol du tribunal de grandes instances de Bangui que j'ai été interpelé dans les couloirs par le 1er substitut du procureur de la République. Il me dit monsieur Akibata vous êtes en état d'arrestation. Et je lui ai dit, c'est comme çà que le parquet procède à une arrestation ?

Aussitôt, il me conduit au procureur Ghislain Ngrezenguet qui me demande de l'attendre un peu. 10 minutes plus tard, je vois arriver sa garde du corps qui me demande de le suivre dans le véhicule du procureur. Car, il veut me rencontrer personnellement chez lui au domicile. Je lui ai dit, est-ce que le domicile du procureur est devenu le parquet pour que je puisse être entendu ? Vu l'insistance de sa garde du corps, j'ai demandé aux confrères de la presse qui étaient présents de se calmer. Car je vais me rendre chez le procureur pour entendre ce qu'il voulait me dire. C'est au cours du trajet qu'ils ont changé de destination pour me conduire à la Section de Recherches et d'Investigations (SRI) pour être placé en garde à vue.

Donc pas de procédure légale ?

La procédure de mon arrestation n'était pas du tout légale. Elle est remplie de beaucoup d'irrégularité.

Le ministère public qui s'est autosaisi dans cette affaire parle de publications de nature à inciter à la révolte et la haine.

C'est de l'imagination. Ce n'est pas un article de ce genre qui pourrait inciter les gens à la révolte et à la haine. D'abord l'article parle de la mauvaise gestion de la présidente de Transition et de sa vie privée. Il ne peut pas en aucun cas constituer une infraction.

Parmi les chefs d'accusation, il y a également l'injure publique et l'outrage au chef de l'Etat. Qu'est-ce qui peut aujourd'hui être constitutif d'outrage au chef de l'Etat en Centrafrique ?

A quel moment mon organe a eu à outrager ou à injurier la présidente de Transition ? Je ne pense aucunement pas. Toutes ces accusations relèvent de la pure imagination du procureur qui cherche à museler la presse. Depuis son arrivée à la tête du parquet, le magistrat Ghislain Ngrezenguet ne cesse de tenir des propos désobligeants vis-à-vis de la presse privée indépendante. Il a eu même à proférer des menaces aux organes de presse écrite lors d'une conférence de presse qu'il a organisé.

Pensez-vous qu'il y ait derrière cette arrestation une volonté politique de nuire aux journalistes ?

Effectivement, il y a derrière cette arrestation une volonté politique du gouvernement de Transition de nuire à la presse. Depuis l'accession de Catherine Samba Panza à la tête de la présidence de Transition, cette dernière n'a jamais manifesté le désir de rencontrer la presse pour discuter avec elle sur la question de Transition. Ceci démontre la mauvaise volonté des autorités de la Transition de ne pas coopérer avec la presse privée indépendante. D'abord, le procureur de la République avait déclaré aux confrères du Réseau des Journalistes des Droits de l'Homme (RJDH) lors de mon arrestation que l'heure a sonné pour la presse. Qu'est-ce que le procureur voulait dire par là ?

Dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières, la RCA figure en 109è position. Quelle lecture faites-vous des relations entre les médias et l'actuel pouvoir de Bangui ?

Il n'existe guerre une franche collaboration entre les médias et le pouvoir. Le pouvoir a toujours considéré les médias privés comme des ennemis de la République. Aujourd'hui avec l'arrivée de maman Cathy à la tête de Transition l'on s'attendait à une nette amélioration dans les traitements des conditions de travail des médias privés, malheureusement c'est une fausse illusion.

catherine panza 7b32dCatherine Samba-Panza

Doit-on craindre pour la liberté de la presse en Centrafrique ?

La liberté de la presse en Centrafrique est aujourd'hui bafouée par le ministère public, c'est-à-dire, le ministère de la Justice qui au lieu de défendre la loi, est devenue le bourreau ou l'ennemi de la liberté de la presse. L'illustration est faite avec le réquisitoire du procureur de la République sur mon arrestation ; le parquet n'a nullement fait allusion à l'ordonnance 05.002/ du 22/02/ 2005 relative à la liberté de la presse en République Centrafrique pour nous juger. Le procureur s'est contenté du code pénal pour rédiger son réquisitoire.

Rappelons que cette ordonnance du 22 avril 2005 garantit la liberté de la presse en Centrafrique et dépénalise le délit de presse. Les autorités actuelles de Bangui passeraient-elles outre ces mesures ?

Il est vrai que notre détention provisoire à la maison carcérale constitue une violation de l'ordonnance 05.002/ du 22/02/ 2005 relative à la liberté de presse en République Centrafrique. Mais, elle ne restera pas vaine. Nous allons tout faire pour que cette ordonnance soit respectée.

Avec vous était également arrêté Régis Zoumiri, directeur de publication du journal Le Palmarès, tandis qu'un autre journaliste, celui du journal Le Démocrate demeure aujourd'hui en fuite. Avez-vous, depuis, eu de ses nouvelles ?

Régis ZOUMIRI a bénéficié également d'une liberté provisoire. Mais, il est placé sous contrôle judiciaire jusqu'au procès. S'agissant de Ferdinand Samba du journal Le Démocrate, il est toujours en cavale mais aux dernières nouvelles, il s'est entretenu le 22 avril avec le procureur de la République qui lui a donné un rendez-vous avec toute son équipe de rédaction pour le 29 avril prochain à son cabinet.

Aussitôt après avoir constaté votre arrestation, le ministère de la Communication plaidait pour votre libération «inconditionnelle.» Y'aurait-il un bras de fer entre ce ministère et les autres composantes du gouvernement, notamment celles qui vous accusent ?

Je ne peux pas vous confirmer ou infirmer qu'il s'agit d'un bras de fer entre le ministère et les
autres composantes du gouvernement. A ce que je sais, le ministère en charge de la Communication a critiqué la manière avec laquelle le parquet a procédé à notre arrestation. La ministre de la Communication à travers un communiqué publié dans les médias a eu à dénoncer le non respect de l'ordonnance 05.002 du 22 février 2005 relative à la liberté de presse qui protège le journaliste par rapport aux sanctions pénales.

Quel a été le soutien des autres organes médiatiques à votre endroit ?

C'est ici le lieu pour moi de présenter mes sincères remerciements à l'endroit de tous les médias nationaux et internationaux qui nous ont soutenus durant les 7 jours de détention provisoire à la maison carcérale de Ngaragba.

Un procès est en vu. Dans quel état d'esprit y allez-vous ?

C'est dans un esprit serein que je me prépare pour aller mettre à nu le plan machiavélique du pouvoir qui veut coûte que coûte nuire à l'évolution de la presse privée indépendante. S'agissant du procès, il aura certainement lieu au courant de la deuxième semaine du mois de mai

Un message particulier à l'endroit de ceux qui vous liront ?

Je compte énormément sur le soutien moral de tout un chacun, sans vous la presse n'existerait pas. Mais je  vous prie, au nom de la paix, de soutenir mon pays, la RCA, meurtrie par la spirale de la violence et de la guerre de religion. 

Propos recueillis par Svesty de Finace